Immortels 27 : Au revoir, au revoir président !

[Immortels] Prologue : En d'autres temps
Immortels spécial 300k : réponses aux questions

Octobre 1941, hôpital militaire basé au manoir de Greyhall.

 

– Je suis le prince héritier du trône d’Angleterre.

Ereyne leva les yeux de son ouvrage et posa un regard étonné sur le jeune militaire qui lui faisait face. Peu enhardi malgré son uniforme, Georges avait avoué son statut comme un garnement confesserait une faute : d’une traite, rapidement. Elle reposa les draps tâchés de sang qu’elle enlevait du lit d’un patient récemment décédé et se redressa pour mieux faire face à l’homme, pardon, au prince, qui venait de l’interpeller.

– Je sais que ma démarche peut paraître incongrue, mais je tenais à être tout à fait franc avec vous, milady.

– Cet aveu est pour le moins inattendu Georges, ou devrais je dire votre altesse ? Répondit Ereyne avec une pointe d’humour.

La petite chambre de l’hôpital de fortune était mal éclairée, la vitre pourtant propre ne laissait entre que peu de lumière. Cependant cela suffisait à Ereyne pour voir le léger rougissement colorant les joues du futur roi.

Georges parut un peu gêné, il serra les poings et continua son discours.

– Si je vous confesse ma condition c’est que depuis quelques semaines je m’interroge. Nous avons toujours eu de bonnes relations, vous avez été d’une délicatesse et d’une constance à toute épreuve en ces temps difficiles. J’ai eu de nombreuses occasions d’admirer votre sang-froid et votre bravoure ainsi que la douceur dont vous avez fait preuve envers tous ceux qui arrivaient à Greyhall. Ces nombreuses qualités toutes à votre égard m’ont convaincues de la profondeur des sentiments qui n’animent aujourd’hui. Ainsi très humblement, je vous demande de bien vouloir accepter de m’épouser.

 

Il mit un genou à terre et baissa la tête, il attendit ainsi la réponse de la jeune femme qui ne savait trop comment réagir.

Ereyne lui bredouilla de se relever et, confuse et flattée, essaya de trouver comment refuser une telle demande.

– Je suis immortelle.

Elle aurait faire mieux.

Georges à présent debout mit cela sur le compte de la surprise et ne put réprimer un sourire.

Il lui tendit galamment une main mais elle la refusa poliment et s’assit sur le bord du lit. Il la rejoignit peu après, laissant un espace respectueux entre eux.

– Je suis sérieuse Georges, je suis réellement immortelle.

– Je me suis renseignée sur vous en ville, les anciens m’ont dit que vous résidiez au château, que vous en étiez la maîtresse.

– C’est exact, confirma Ereyne, mais ils ne vous ont pas dit depuis combien de temps je l’étais. En vérité je suis plus âgée que le château.

– Vous n’en démordez pas.

– Car c’est la vérité. Vous avez été honnête et très avenant Georges, je me devais de vous dire la vérité avant de refuser votre proposition.

 

Le futur roi eut beaucoup de mal à la croire, Ereyne et lui discutèrent longuement de ce sujet et à force d’arguments elle réussit à le convaincre, non sans peine. Cela ne diminua pas la déception du prince mais il convint que la situation ne permettait pas leur engagement.

– De plus, j’ai déjà un compagnon.

– Depuis longtemps ?

– Plusieurs millénaires. Déclara la jeune femme avec un sourire.

 

Georges ne put retenir un sourire également, il ne faisait pas le poids face à une relation de si longue date.

– Où est-il ?

– Sur le continent, Zelyan aime être au coeur des évènements, même s’il n’y participe jamais. Du moins il n’interfère pas sur les décisions humaines.

 

Le prince essaya d’en savoir plus mais Ereyne n’était pas très causante à propos de lui. Elle fit dévier la conversation sur d’autres sujets, moins importants. Ils parlèrent de l’avenir du royaume, du passé du royaume, beaucoup du passé. Georges fut d’une curiosité presque outrageante envers elle. Il eut mille questions à propos de ses ancêtres et elle fit de son mieux pour y répondre, mais ne les avait pas grandement côtoyé.

– Le château est ma demeure, ma prison et mon refuge. Avoua t-elle avec un brin de gêne. Je ne le quitte pas souvent, et surtout je ne m’en éloigne que peu.

– Ne désirez vous pas voir le monde, passer des siècles ici doit être ennuyeux ?

La jeune femme lui conta ses voyages avec Zelyan, ils traversaient le temps et l’espace ensemble, avec bien souvent des aventures dont elle se serait bien passée. Si bien que les périodes où elle restait seule au château ou dans ses environs étaient de douces périodes de calme.

– Je me mêle au monde bien plus que lorsque je voyage avec mon compagnon. Alors ces temps où la vie est normale, monotone, humaine, je la chérie.

 

Georges ne put comprendre le sens de ces paroles, il n’avait qu’une vie et voulait la vivre à fond. Ne pas passer cinquante ans au même endroit. C’était tellement différent pour Ereyne, qu’étaient cinquante années parmi bientôt huit mille ?

 

C’est ainsi que Georges, futur dirigeant du Royaume Uni, apprit l’existence des êtres immortels. Ereyne lui cacha l’existence des vampires et autres loups-garous encore quelques années. Moins il aurait peur d’eux mieux il vivrait. S’il avait su qu’il garderait ces secrets pendant plus de soixante-dix ans avant que tout ne bascule.

 

***

 

Fin octobre 2016, Londres, six mois après la Révélation.

 

Le roi Georges, en présence de son premier ministre,  écouta avec attention le rapport du chef d’état major à propos de la conversation qu’il avait eu avec la Lady de Woodcastle. L’homme racontait non sans émotion son incrédulité et son trouble.

– Elle demande une rencontre en face à face et la libération des prisonniers de Greyhall. Nous ne pouvons satisfaire ses exigences, nous avons besoin de connaître ces créatures.

Le premier ministre était de son avis mais Georges secoua la tête.

– Relâchez-les, ils ne savent rien.

Les deux hommes se tournèrent vers lui, surpris. Le roi avait toujours été de bon conseil mais ce qu’ils venaient d’entendre ressemblait plus à un ordre.

– Comment pouvez vous le savoir majesté ?

 

Georges inspira profondément, regarda chacun droit dans les yeux et déclara solennellement qu’il la connaissait personnellement depuis des dizaines d’années.

Le chef d’état major resta figé mais le premier ministre demanda directement s’il était sous l’emprise de la jeune femme. Le roi répondit que non mais un homme ensorcelé en ferait autant. Le ton monta rapidement, le premier ministre demandait des preuves, il alla même jusqu’à réclamer la destitution du roi.

– Vous saviez et vous n’aviez rien dit ! Vous mentez au peuple !

– Il faut parfois savoir se taire pour mieux protéger. Georges se sentait étrangement calme alors que sa vie se jouait ici. Ereyne lui avait dit que l’Angleterre aurait besoin d’un leader et aujourd’hui il se devait d’être ce leader. Qu’importe que son premier ministre cancane et peste à tout va.

 

– Général, arrêter le roi !

Coup d’état en perspective. Les deux hommes debout attendaient la réponse du troisième qui lentement mais sûrement analysait la situation.

– Non.

– Pardon ? Répondit le premier ministre outré. Je vous demande d’arrêter un traître !

Mais l’homme à qui il s’adressait avait fait la guerre, la vraie,  il était aussi vieux que le roi et lui était fidèle depuis toujours.

– Je refuse de croire que mon roi ait trahi son royaume.

– Comment pouvez vous douter de la trahison ? Eructa le premier ministre. Il savait pour l’existence de ces monstres et n’en a jamais rien dit aux gens ! A son peuple !

– Avez vous parlé de l’opération tempête noire aux citoyens ? Je pense que les gallois seraient particulièrement intéressés.

 

Le premier ministre n’en crut pas ses oreilles, un renversement se déroulait sous ses yeux et il ne pouvait rien y faire. Son propre chef d’état major refusait d’obéir à ses ordres et lui envoyait en pleine tête une opération militaire top secrète.

– Général,  si vous ne voulez pas être également arrêtés pour trahison…

Le dit général leva une main et l’arrêta tout court alors que Georges faisait discrètement appeler la sécurité.

– Monsieur le premier ministre, déclara Georges, je suis chef des armées, et je vous révoque. Vous allez être conduit dans un lieu surveillé d’où vous n’aurez aucun moyen de communication avant que j’ai fait ma déclaration au peuple.

 

Le tout jeune ancien premier ministre hurla au complot, à la trahison mais fut emmené par les gardes. Quelque peu fébrile, Georges demanda une réunion de crise à toute son équipe restreinte tandis que le chef d’état major était en charge de la réunion des membres de sa propre équipe. Le plus urgent était de décider de la procédure afin de maintenir l’ordre. Les citoyens voudraient des explications, de bonnes explications. La monarchie était populaire certes, mais aucun roi n’avait encore jamais révoquer son premier ministre et prit le pouvoir de la sorte. D’un autre côté aucun roi n’avait jamais eu à vivre conjointement avec un monde de vampires, de loups garous et d’immortels.

 

***

Bien loin des considérations de son vieil ami, Ereyne arpentait les couloirs du château sans interruption. Elle avait appelé Londres sous le coup de la colère et commençait à regretter ce coup de sang. A vrai dire elle avait exigé mais ne savait pas trop comment agir à présent. La jeune femme se sentait obligée de défendre les habitants de Greyhall mais Londres demanderait certainement des garanties pour tout le royaume. Et cela ne dépendait pas d’elle.

De plus elle ne connaissait que partiellement le plan de Zelyan : faire pleuvoir jusqu’à recouvrir le monde d’eau. Simple et redoutablement efficace. Il était enfermé dans son bureau depuis des heures avec Natalya, Dieu seul savait ce qu’ils pouvaient y faire. Après réflexion non, même Dieu ne pouvait savoir, le château était probablement protégé contre l’espionnage intempestif.

 

Elle marcha ainsi des heures sans parvenir à une solution, fatiguée, elle rejoignit la salle à manger à l’heure du dîner, fourbue. Elle y trouva Zelyan et Natalya attablés, savourant déjà un repas humain. Ereyne eut la petite satisfaction de voir que la vampire était assise à droite de Zelyan et non en face. Cela lui était réservé. L’immortel était d’humeur joyeuse, pas seulement grâce à la qualité de son filet de paysan Coréen 100 % bio. Quoiqu’il se fut passé, cela avait eu de bons résultats.

 

– Bonsoir très chère.

– Bonsoir, répondit Ereyne en s’asseyant face à lui. Les projets avancent bien ?

Elle avait posé la question par pure politesse, elle n’avait pas très envie d’entendre la manière dont il allait raser Istanbul ou tuer une centaine de milliers d’hommes à Rio. Zelyan lui répondit que la Russie était encore plus coopérative que prévue, grâce à Natalya qui avait réussi à convaincre les dirigeants du bien-fondé du futur ordre établi.

– Ils ont gobé ça ?

– Facilement même, répondit la vampire, il suffit de leur dire que leur grande nation va rester une grande nation et leur donner quelques détails sur les plans que n’ont pas les autres humains pour les convaincre.

Elle était fière d’elle à n’en pas douter, Zelyan acquiesça ses propos avec un sourire mais un petit clin d’oeil à sa compagne suffit pour que celle comprenne que les russes n’allaient pas passé un bon moment. La jeune femme s’attarda sur Natalya, si investie de sa mission, si sûre d’elle. Elle parlait à Zelyan comme s’il était agi d’un amant régulier, d’un ami, elle n’avait pas cette déférence que la grande majorité des descendants indirects de Zelyan avaient. Elle était impressionnante. Et l’air de rien paraissait sacrément attachée à sa Russie natale.

Cela frappa la jeune femme, Natalya tentait de protéger les humains de son pays comme elle voulait protéger ceux de Greyhall. La manière était simplement différente.

Une autre chose s’imposa à son esprit : elle allait mourir, douloureusement. Zelyan n’aimait pas que l’on s’attache aux humains, c’était indigne de ses descendants. Dans sa folle tentative de les sauver elle les menait à leur perte.

 

Ereyne en eut la confirmation un peu plus tard alors qu’elle se couchait aux côtés de Zelyan.

– Elle va les voir mourir n’est ce pas ?

– Et subir le même sort dans la foulée, je n’ai pas encore choisi la méthode.

Elle ne lui demanda pas pourquoi, elle ne lui demandait plus pourquoi il était lui.

– Je me demande pourquoi il n’a pas encore réagi. Demanda Zelyan, alors allongé sur le dos.

Il parlait plus pour lui que pour elle et réfléchissait à voix haute. Il émettait des idées plus ou moins tordues, allant de l’impossibilité d’agir à un dédain flagrant. Ereyne décida de ne pas s’en mêler, cela finirait encore en dispute dantesque et elle avait sommeil.

– Au fait que vas tu faire pour tes humains ? Fitz m’a dit que tu avais appelé le gouvernement.

– J’ai appelé l’armée, le chef d’état major m’a dit qu’il rappellerait. Il nous a fait créer une ligne sécurisée.

– J’ai toujours rêvé d’avoir une ligne sécurisée.

Il se moquait gentiment, ayant ses propres “lignes sécurisées” qu’aucun mortel ne pourrait jamais intercepter. Elle lui annonça qu’elle quitterait probablement le château sous peu, les humains voudraient certainement discuter en tête à tête.

– Comme tu veux ma douce mais tu emmènes John partout avec toi. Répondit il en mentionnant son fils, l’un des premiers loups-garous qu’il ait enfanté et celui qu’Ereyne aimait le moins.  

 

– Ieurk.

 

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