3. Oze

Nox5. Ligue clandestine
Hypérion16. La vallée des morts-vivants

La petite embarcation flottait tranquillement le long de la côte nord-ouest de l’archipel du Japon. De petites îles parfois reliées par des ponts suspendus faits de bois et de corde abritaient quelques cent mille humains. Oze passait de nombreuses journées sur sa petite barque, loin de tout. Elle pêchait des poissons fluorescents et les revendaient ensuite à la plus proche criée qu’elle trouvait. Puis, après quelques jours d’absence elle rejoignait sa famille qui vivait dans la plus grande cité humaine des environs, Takamanohara.

Ce matin-là l’adolescente admira un lever de soleil écarlate au-dessus de cette ville qui l’avait vue naître et l’avait bénie du nom de la déesse protectrice. Elle resta là dans la baie, quelques minutes, puis elle se décida à retourner parmi les siens. La mer ne pouvait être une échappatoire éternelle et son frère se mariait aujourd’hui. L’adolescente amarra sa barque et à contrecœur puis se rendit dans la demeure traditionnelle de sa famille. Elle y fut accueillie par une grand-mère de fort mauvais humeur.

  • En retard même pour le mariage de ton frère ! Seras-tu un jour à l’heure ?

Oze baissa les yeux et suivit l’ancêtre jusqu’à une grande chambre. S’y trouvaient déjà sa sœur et deux cousines, toutes revêtaient la traditionnelle et rigide tenue de cérémonie qui avait traversé les siècles et les guerres. L’adolescente laissa docilement sa grand-mère l’apprêter d’un vêtement similaire. Les règles et traditions existaient pour une bonne raison : elles maintenaient la paix et la sécurité au sein de la cité. Les enfreindre c’était mettre tout le monde en danger. Oui, la moindre petite règle avait son importance, même la manière de nouer l’obi.

 

Oze passa la cérémonie à songer que cette vie si régentée ne lui convenait vraiment pas. Elle n’avait connu que cela mais aspirait à plus. Oh bien sûr elle était reconnaissante envers la déesse et les anciens, ils lui avaient créé un environnement paisible et harmonieux, protégé des monstrueuses créatures qui vivaient au-dehors. Mais Oze voulait voir le monde, si dangereux soit-il. Elle voulait vivre sans être étouffée, découvrir tous ces lieux dont parlaient les vieux livres. Sa grand-mère prétendait qu’il ne restait plus rien, que tout avait été englouti par les eaux des siècles auparavant, l’adolescente n’en croyait pas un mot. Elle avait longuement étudié les cartes, la nuit à la lueur des lanternes. Il y avait des montagnes un peu partout sur ces dessins, certaines d’entre-elles étaient surement encore émergées. Sa grand-mère lui mentait, elle le savait, elle avait épié des conversations des anciens. Ils parlaient de cités comme Takamanohara et d’autres, plus redoutables.

 

La déesse avait ses fiefs, d’autres dieux les leurs. Oze voulait les voir de ses propres yeux. Voilà pourquoi ce soir-là, au lieu de célébrer l’événement heureux qu’était le mariage de son frère, elle fit rapidement son sac, récupéra des denrées, une couverture et s’en fut discrètement jusqu’au port. Il y avait régulièrement des patrouilles mais l’adolescente avait ses petites habitudes, elle sortait souvent pêcher la nuit. La lune offrait un panorama exceptionnel et de nombreux poissons remontaient en surface afin d’être baignés par ses rayons d’argent.

Une fois sur l’eau, loin du port, elle s’arrêta un instant de ramer et sortit la carte qu’elle avait scrupuleusement recopiée. L’ouest lui parut être la meilleure direction. Elle se mit alors au travail et rama encore et encore, déterminée. Seulement, la mer ne fut pas d’accord avec elle, le vent se leva, la tempête arriva et les flots se déchaînèrent.

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