[Baisers d’outre-tombe] 9. Chariots de métal

Marcus, version 1
[G&L] Chapitre 03 : Déjà-vu

 

Elle fut si ardente qu’on entendit presque les pierres de la crypte gémir de plaisir en se réchauffant. A l’inverse il y eut comme une brise, une plainte lancinante, un dernier souffle de vie. Les ombres s’évaporèrent en un nuage de fumée et la malédiction inscrite sur la dalle qui scellait l’entrée du caveau s’effaça à mesure que les archéologues répandaient la lumière dans chaque salle. Durant toute la durée de l’opération, Xyrus serra Allya dans ses bras de peur qu’elle ne disparaisse elle aussi. Il ferma les yeux et pria toutes les divinités qu’il connaissait afin qu’elles l’épargnent et que sa princesse soit là lorsqu’il les rouvrirait.

 

— Lâche-moi, tu m’étouffes, et ce n’est pas très convenable, lui ordonna gentiment Allya, toute illuminée par les projecteurs et néons.

 

Il avait été exaucé, il avait peine à le croire. Allya était bien là, face à lui, souriante. Sir Richard Evans, son père, le tira de ses pensées lorsqu’il s’approcha d’eux. L’archéologue ne savait plus où donner de la tête tant il y avait à explorer. Son équipe avait pénétré toutes les salles pour les éclairer et avait découvert l’étendue du travail qui les attendait. Ils allaient en faire une sacrée publication, dans les plus grands journaux scientifiques… Le trésor lui faisait les yeux doux mais également toutes les gravures et autres bas-reliefs, témoignages de l’histoire. Sir Evans était dans un état paradoxal de stress et de béatitude. Heureusement pour lui il avait prévenu sa femme qui avait aussitôt réagi intelligemment en faisant sécuriser le site de fouilles avec des vigiles supplémentaires. Tout le monde était contraint au silence par contrat, même les renforts qui allaient arriver sous peu. Les conditions de travail étaient donc sûres.

 

— Comment est-ce possible ? demanda Allya au père tout en examinant ses mains, pourquoi suis-je encore vivante ?

— Je n’en ai pas la moindre idée, confessa sir Evans, cela dépasse mon entendement.

 

Et celui de tous ceux qui étaient au courant, personne ne pouvait l’expliquer. Certains mirent cela sur le compte de la magie, d’autres d’un phénomène que la science pourrait un jour expliquer. En attendant le père de Xyrus annonça que son épouse avait décrété qu’officiellement Allya était une orpheline ayant vécu à la sauvage parmi ces ruines et en mendiant. La princesse qu’elle était s’en offusqua mais l’archéologue avança le fait que tous les médecins du monde voudraient l’examiner s’ils apprenaient qu’elle avait trois mille ans. Cela allait déjà être assez difficile de lui obtenir un passeport avec cette explication. Allya ravala les larmes d’outrance qui lui piquaient les yeux et leva la tête fièrement en annonçant que, quoi qu’il prétende, le trésor était à elle.

 

— Mes ancêtres vous maudiront si vous me le volez, vous avez vu de quoi les peuples de mon époque étaient capables ! Vous mourrez dans d’atroces souffrances, je le certifie.

 

Pas de doute elle avait du sang royal dans les veines. Sir Evans l’imagina sans peine sur un trône antique, le regard impérial et pénétrant. Il acquiesça et assura qu’il ferait de son mieux, une montagne de paperasserie s’annonçait. Il renvoya ensuite les jeunes à l’hôtel, les lieux de fouilles n’étaient pas des parcs d’attractions.

 

Cette nouvelle expérience pour Allya fut des plus comiques pour Xyrus qui la vit découvrir le vingt-et-unième  siècle. Le divertissement commença lorsqu’elle mit un pied sur le bitume de la route. Etonnée par la couleur et l’incroyable longueur de ce pavé sans fin, elle l’effleura du bout des doigts. La texture rugueuse rappelait les parements de certaines maisons mais jamais elle n’avait vu d’autres routes que celles de terre tassée ou de petits pavés. Quelle ne fut pas sa surprise lorsque le chariot qui devait les ramener à l’hôtel arriva sans chevaux ni bœufs à l’avant.

 

— Quelle est cette magie ? demanda-t-elle à un Xyrus hilare.

— C’est de la mécanique et de l’électronique, répondit le jeune homme entre deux crises de rires. Disons qu’on arrive aujourd’hui à créer de l’énergie pour faire tourner les roues. C’est un peu magique en effet.

 

Le « chariot » lui-même fut source d’étonnement et de peur. Il était fait de métal sombre chauffé par le soleil. Outre sa forme ce fut surtout la vitre transparente de la portière qui surprit la princesse. Elle voyait à l’intérieur sans pour autant pouvoir passer sa main, bloquée par cette plaque étrange, cette barrière invisible. Xyrus quant à lui arrêta de rire et se rappela sa bonne éducation. Il lui ouvrit la portière.

 

— Après toi princesse, déclara-t-il en s’inclinant.

 

Allya hésita un peu puis se reprit, leva le menton et pénétra à l’intérieur du véhicule. Son compagnon fit le tour de la voiture et vint s’asseoir à côté d’elle qui touchait à tout. Il se pencha vers Allya et  attrapa la ceinture qu’il tira à lui.

 

— Mais, que fais-tu ?

 

Elle essaya de le repousser mais il la rassura en lui montrant comment se défaire de ces liens.

 

— C’est juste une protection contre les accidents, dit-il, la ceinture sauve des vies.

 

Pour compléter son propos il s’attacha lui aussi et le véhicule démarra. Les paysages défilèrent, certains familiers pour Allya, d’autres non. Les pierres étaient toujours dans ces mêmes teintes chaudes et le vert de la végétation était resté identique mais la ville en revanche lui était totalement inconnue. De grands poteaux sans utilité apparente en cette belle journée étaient placés à intervalles réguliers et de longs fils reliaient les maisons. Maisons dont les formes et les tailles variaient de tout à chacun. Il y avait partout des chariots sans chevaux. Allya ne vit d’ailleurs aucun animal et cela la troubla. Elle posa la question à Xyrus lorsqu’ils descendirent de la voiture.

 

— Vous avez tué tous les chevaux et tous les bœufs ? J’ai vu quelques moutons dans la campagne mais aucun berger, ils sont redevenus sauvages ? Et les voleurs ?

 

L’adolescent lui répondit vaguement que les animaux ne passaient plus dans les villes et l’emmena dans le hall du grand hôtel. L’endroit avait tout d’un palais, avec sa décoration luxueuse et raffinée. La princesse s’y sentit à la fois perdue et bien. Peut-être était-ce dû au fait qu’un membre du personnel vint directement leur offrir un rafraîchissement, ou bien aux réceptionnistes qui les saluèrent dès leur entrée dans les lieux.

 

La mère de Xyrus vint à leur rencontre. La femme, ultra-connectée, était bien plus ancrée dans l’actualité que son mari. Elle avait tout d’un chef d’entreprise, du costume à l’attitude. Xyrus soupira en voyant sa mère bouger les lèvres sans qu’elle s’adresse à lui, encore au téléphone. Elle interrompit rapidement sa conversation, gifla violemment son fils puis le serra dans ses bras.

 

— J’étais morte de peur Xyrus ! Je t’ai appelé une bonne quinzaine de fois ! Ton père était peut-être plongé dans ses fouilles mais moi j’ai remarqué ta disparition ! J’ai envoyé trois hommes à ta recherche ! Ne refait jamais cela !

 

La joue rouge et brûlante, Xyrus s’autorisa un instant de faiblesse et rendit le câlin à sa mère. Il était à deux doigts de pleurer mais s’en fichait éperdument. Il laissa toutes ses émotions accumulées durant son aventure se décharger dans les bras de celle qui le berçait depuis le premier jour.

 

— Je t’aime mon chéri.

— Moi aussi maman.

 

Un peu apaisé, l’adolescent s’écarta de sa mère et fit les présentations.

— Maman, voici Allya ! C’est une princesse.

 

Merci d’avoir lu ce chapitre !

Axel.

Marcus, version 1
[G&L] Chapitre 03 : Déjà-vu

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