[G&L] Chapitre 11 : Discrétion

[G&L] Chapitre 10 : Mode et modestie
[G&L] Chapitre 12 : Beau destrier blanc

Nous rentrons au manoir avec mère et sommes accueillies par des regards envieux, Beth et Delina sont dans le salon lorsque nous arrivons et viennent à notre rencontre. La simple vue des sacs de courses portant le nom des boutiques dans lesquelles nous nous sommes rendues a suffi à les rendre jalouses. Et pourtant il nous en manque la moitié qui devrait être livrées sous peu. J’accompagne mère dans la lingerie où elle remet tous mes nouveaux effets à la bonne en lui précisant bien que tout est à moi et qu’il faut que ce soit propre et sec pour demain.

Des cris résonnent dans la maison lorsque nous revenons poser nos manteaux dans l’entrée, le futur ex-mari de Courtney lui a envoyé toutes ses affaires, elles s’entassent dans la petite pièce. Beth hurle à sa cadette de descendre pour ranger son « bazar ». La pile de valises et autres cartons est assez impressionnante.

— Dire qu’elle abandonne une si bonne position, soupire mère en voyant le nombre impressionnant de bagages.

Père et John sont absents, en hommes intelligents ils ont fui vers le « gentlemen’s club » le plus proche. Nous aurions bien besoin d’eux pour aider à tout monter mais puisqu’ils manquent à l’appel cela se fera sans eux.

Courtney descend et pose les mains sur les hanches, l’air contrit, en voyant le peu de soin apporté à ses affaires mal emballées.

— Il aurait tout de même pu faire un effort et les faire ranger correctement, gronde-t-elle avant de finir de descendre les marches.

Elle met un pied sur sa robe et manque de tomber au sol, elle ne doit son salut qu’à la rambarde qu’elle saisit par réflexe. Courtney réajuste sa longue robe verte bouffante non sans pester contre celle-ci et contre père qui lui impose de porter cette tenue classique. Elle qui faisait ce qu’elle voulait chez elle n’apprécie pas plus que nous autres la régression spirituelle de père et tient à le faire savoir.

— Tu aurais pu faire un effort et ne pas détruire ton mariage ! rétorque mère non sans reproche.

Elle en veut énormément à sa troisième fille et, si je suis du côté de Courtney, je ne peux m’empêcher de mieux la comprendre maintenant. Nos parents ont de gros problèmes d’argent et l’esprit assez étriqué par les traditions pour ne voir en leurs filles que des bouches à nourrir et à marier.  Ces maudites traditions nous empoisonnent la vie.

Mère hurle à toutes ses filles de venir aider au rangement des affaires de Courtney. Cette dernière fait remarquer qu’il n’y a pas assez de place dans la petite chambre de bonne qu’elle occupe.

— Le petit boudoir serait plus approprié, déclare-t-elle en saisissant une boîte à chapeaux à rayures, il n’est pas très grand mais suffirait convenablement à une femme de ma condition.

— « Une femme de ta condition ? »  demande Ashleen qui soulève une lourde malle avec Beth, quelle condition ? Tu ne vaux pas plus que nous Courtney, c’est fini le temps où tu étais une femme mariée.

— Au moins moi je suis une femme, pas une fille comme vous autres.

Le remue-ménage cesse brusquement et tout le monde se tourne vers Courtney qui toise Ashleen avec mépris. Notre aînée est estomaquée par ce qu’elle vient d’entendre et elle n’est pas la seule. Même mère n’en revient pas, elle a osé. Une violente dispute éclate entre nous, Beth, Ashleen et moi hurlons à l’unisson contre Courtney qui n’est pas en reste. Cette ignoble mégère ose nous faire des leçons de morale. Depuis quand être vierge est-il un défaut ? Je n’ai pas écarté les cuisses alors je suis une gamine ? Et puis quoi encore ? Delina a lâché ce qu’elle portait et est montée sans un mot vers les étages, mère peine à se faire entendre mais nous ordonne de faire de même.

— Pas sans des excuses de la part de cette dévergondée, rugit Ashleen.

— Tu rêves ! Va plutôt apprendre les soins aux seniors parce que t’es bien partie pour finir vieille fille à aider nos parents pour leurs vieux jours !

— Et tu seras là pour l’aider, rugit mère, Ashleen monte ! Courtney va ranger tes affaires dans le grenier ! Oublie le boudoir !

La bonne nouvelle dans cette histoire est que nous n’avons plus à aider cette ingrate. Je retrouve Delina dans notre petite chambre, elle fait les cent pas entre nos lits, visiblement sur les nerfs.

— Je n’en reviens pas qu’elle ait osé dire cela… A nous. Elle divorce et se permet de nous faire la morale. A Ashleen en plus, alors qu’elle sait très bien à quel point elle a souffert lors du départ de son ex. Je n’en reviens pas, oser nous envoyer en pleine figure, comme si, comme si, comme si nous étions des moins que rien. J’ai un travail moi ! Je bosse très dur et mes collègues me respectent. Est-ce qu’elle peut en dire autant elle ? Je ne crois pas, ce n’est qu’une épouse de petit noble comme les autres… Toi, toi tu seras quelqu’un Ellya, quand tu seras mariée.

—  Je ne suis pas sûre de devenir quelqu’un, ni de l’épouser d’ailleurs. On ne va pas très bien ensemble et père a beau faire pression je ne crois pas pouvoir supporter un mariage arrangé.

C’est fou, je sais que c’est courant chez nous mais cela me terrifie atrocement, je ne comprends pas comment font les autres filles pour accepter d’épouser quelqu’un qu’elles n’aiment pas. Ou plutôt je comprends les raisons de l’accord mais après ? La vie au jour le jour avec un homme qu’au mieux elles apprécient, au pire détestent ? Mère-grand m’a un jour expliqué qu’avec son mari elle avait eu un accord basé sur le respect et la dignité. Elle lui a donné des enfants puis ils ont vécu chacun de leur côté, comme des colocataires. Père-grand a eu de nombreuses maîtresses, mère-grand un grand amour et jusqu’à la mort de père-grand ont maintenu les apparences. Je ne vois pas l’imiter. Delina a beau m’encourager je sais qu’elle non plus ne le pourrait pas. Elle préfèrerait mille fois vivre dans le déshonneur avec un homme qu’elle aime, ou plutôt une femme qu’elle aime, plutôt qu’être mariée et malheureuse.

Nous entendons un cri dans le couloir, Courtney s’est cognée en montant quelque chose visiblement.

— Bien fait, ricane Delina, bon maintenant tu me montres tout ce que vous avez acheté ? me dit-elle en désignant la montagne de sacs contenant le reste de mes affaires, les accessoires et autres petits objets, qui encombrent mon lit.

[G&L] Chapitre 10 : Mode et modestie
[G&L] Chapitre 12 : Beau destrier blanc

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *