[G&L] Chapitre 12 : Beau destrier blanc

[G&L] Chapitre 11 : Discrétion
[Purgatoire] 00 : Prologue

 

En ce matin de décembre, le vingt-neuf, je me suis réveillée la boule au ventre et fatiguée. Hier soir après le dîner, mère a forcé Courtney à finir son rangement, elle n’aimait pas voir cette montagne de cartons dans son entrée. John a eu la gentillesse de l’aider, père également. Il n’a su qu’après ce qu’elle avait osé nous dire. Je ne sais pas comment il a réagi, je crois que cela ne l’a pas trop touché. Factuellement, c’est la vérité, Ashleen n’ayant jamais eu de relation sexuelle avec Gray, son ex-fiancé, et nous autres n’étant jamais réellement eu de petits-amis, sauf peut-être Beth, en douce, seule Courtney était une femme au sens non vierge du terme. Mais qu’elle en fasse tout un foin m’avait profondément déçue, je ne suis pas qu’un vagin.

Je reste assise face au miroir de la petite coiffeuse que je partage avec Delina, pensive. Je ne me regarde pas vraiment, je sais à quoi ressemble mon visage, je me demande seulement ce que Xyrus a pu aimer chez moi. Nous n’avons jamais vraiment parlé, il n’a donc aucune idée de l’étendue de mes connaissances, de mon sens de l’humour spécialisé dans les plaisanteries non amusantes, ni de ma personnalité en règle générale. Il s’est donc rabattu sur un détail physique, quel homme futile ! On va dire que ce sont mes yeux qui lui ont plu, comme cela j’ai un semblant de réponse et je peux passer à autre-chose. Je me lève et saisis l’une de mes valises, je dois bientôt partir. Bien malgré moi mes pensées reviennent vers mes inquiétudes du matin, j’espère très sincèrement qu’il y a plus que mes yeux, qu’il sait des choses sur moi qui l’ont poussé à me choisir comme fiancé. Ou alors c’est un fou, ou pire un pervers qui veut s’amuser je ne sais trop comment ni pourquoi. Enfin, comme l’a dit mère-grand : « on ne dit pas non à un duc ». Tout tient dans cette phrase, le respect de l’aristocratie est tellement ancrée dans notre société qu’on la dirait écrite dans nos gènes.

Je descends les escaliers de pierre en évitant d’accrocher les tableaux qui ornent les murs, quoique, ce serait un soulagement de voir le vieux comte et son regard malsain rayés ou tomber à terre. Père, en bas, vient m’aider. Il a le regard pétillant de fierté, son costume impeccable et sa moustache bien lissée montre qu’il a fait un effort de toilette particulier ce matin. Pourtant il ne verra pas Xyrus, ce-dernier a déclaré qu’il enverrait une voiture. Il est à Londres où je dois le rejoindre.

Je donne mes affaires à père et remonte chercher le reste mais Delina est en train de me les amener. Est-elle bonne ou souhaite-t-elle rapidement avoir plus de place dans la chambre ? Je secoue la tête avec un sourire, Delina est gentille, elle aide, malgré sa robe grise qui lui entrave les jambes  et manque de provoquer sa chute.

J’ai plus de chance qu’elle, allant à Londres mère a supposé que, pour me fondre dans la masse, des tenues modernes seraient de rigueur. J’ai le plaisir de sentir l’étroitesse d’une jupe qui m’enserre les cuisses puis s’évase jusqu’aux genoux. Mes mollets sont visibles par tous et c’est une petite victoire dans cette maison devenue moyenâgeuse.

Delina me sourit mais ne jette pas un regard à père, comme mes sœurs elle lui en veut beaucoup et la situation ne semble pas prête à s’arranger. J’enfile un long et chaud manteau lorsque mon téléphone émet un petit bruit, nouveau message textuel.

« Ne sois pas en retard. »

Xyrus est d’une sobriété à toute épreuve, je lui réponds sur le ton de l’ironie en lui souhaitant un bonjour bien accentué puis mère me presse de sortir. Elle ouvre la porte et un vent glacial s’engouffre dans l’entrée. J’en frissonne.

— Ellya attend ! me hurle Ashleen.

Elle, suivie de Beth et Courtney, déboule dans l’entrée et me fait une bise en guise d’au-revoir. John n’est pas là, il est parti voir sa dulcinée mais m’a salué avant de partir.

— Donne-nous régulièrement des nouvelles ! s’exclame Beth.

A l’entendre je pars définitivement, alors que ce n’est qu’un court voyage d’une semaine.

— Et ramène-nous de vrais vêtements, me souffle Ashleen tout bas.

Je soupçonne mon aînée de fomenter quelque chose, depuis l’annonce de père elle s’est repliée sur elle-même et est d’une gravité extrême, lointaine et effacée. J’espère seulement qu’elle ne va pas faire de folie.

— Promis, répondé-je sur le même ton.

— Ellya ! La neige rentre dans la maison et tu vas faire attendre la voiture ! Ouste !

Le ton de mère est sec mais elle me serre quand même fortement dans ses bras avant de me laisser partir.

— Fait honneur à ton éducation ma chérie ! Je t’ai bien élevée ! me crie-t-elle alors je pense à marcher dans l’allée du jardin.

Il neige depuis quelques jours, tout est si blanc, si paisible. C’est si doux mais si violent à la fois. La neige est une beauté meurtrière, elle tue ceux qui restent trop longtemps auprès d’elle. Tous les ans elle tue des gens qui n’ont pas la chance d’avoir un toit, ou ceux qui roulent sur elle trop vite. La dame d’hiver aime tuer en glissant du verglas sous nos pieds, ou tout simplement en refroidissant nos corps jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus jamais se réchauffer. Et tout cela en tombant doucement dans les jardins, elle couvre les plantes de givres et les endort pour quelques mois.

Je m’avance jusqu’au portail et découvre la voiture qui va m’amener à Londres.

— C’est une blague.

Je m’attendais à une berline, ou bien une limousine, non à… cela. C’est une calèche tirée par deux chevaux et dirigée par un vieux cocher qui s’arrête devant moi.

— Mademoiselle Grant ? me demande l’homme de sa voix rocailleuse.

Je hoche la tête en signe d’approbation et il descend pour aider père à fixer mes affaires à l’arrière avant de m’offrir une main aidante. Je monte dans la calèche et resserre mon manteau autour du corps, il y a bien une capote au-dessus de moi mais rien pour contrer le vent glacial d’hiver.

Je sors mon téléphone et pianote avec mains déjà gelées malgré mes mitaines en laine.

« C’est une plaisanterie ? »

« Tu n’aimes pas ce côté princesse ? »

Quel rustre ! Je suis à deux doigts de descendre et de rentrer à la maison mais déjà mon père m’embrasse et me quitte en me faisant promettre de me montrer digne de mon fiancé. Merci père de t’être soucié de mon avis au moment d’accepter la demande du comte.

La voiture s’élance et traverse le village. Comme je l’ai bien imaginé le vent est violent, sa morsure piquante et douloureuse. Je souffle dans mes mains pour essayer de les réchauffer mais tout est vain. Et, c’est une première, j’envie la robe grise que Delina portait à mon départ, mes jambes tremblent tant j’ai froid.

L’enfer s’accentue une fois hors de la ville, Londres n’est pas si loin mais je ne sais pas si je survivrai à ce voyage, il n’y a même pas de couverture sous laquelle me réfugier. Par contre la campagne est magnifique sous son manteau blanc. Je m’attarderais bien à découvrir toutes les subtilités de ce décor romanesque et enchanteur mais j’ai vraiment très froid.

Nous arrivons dans un village voisin et mon cocher stoppe la voiture sur la place du village. Happée par mes problèmes de température je n’ai pas fait attention à la direction prise, étions-nous bien partis vers Londres ?

— Descendez, m’ordonne-t-il en faisant de même.

— Quoi ? Mais nous ne sommes pas à Londres !

Il contourne la calèche et détache mes bagages qu’il pose sur le trottoir. Il vient ensuite ouvrir la porte de la calèche et me somme une seconde fois de descendre. Un peu paniquée j’obéis et le regarde, impuissante, refermer la portière puis remonter et partir sans un mot pour moi. Quelle est cette plaisanterie.

J’appelle précipitamment Xyrus mais aucune réponse. Je réitère, même chose. Je découvre avec horreur qu’il n’y a pas de réseau ici. Ma détresse augmente tandis que je regarde partout mais, la place est vide, il n’y a personne ici. Mon esprit reprend un peu de courage lorsque mes yeux se posent sur mon téléphone, suis-je bête ! Il suffit d’appeler un taxi. Mince, non, je n’ai pas de réseau. Il va falloir aller sonner chez l’habitant. Je respire un grand coup, mets mes sacs sur l’épaule, prends ma valise et je m’élance à travers la route.

C’est alors que rugit un moteur, le bruit est de plus en plus fort et par réflexe je recule. Une voiture sombre, une belle berline, vient s’arrêter à ma hauteur. La portière côté conducteur s’ouvre et je  Xyrus, rayonnant, sort de la voiture.

— Alors cette balade de princesse ? me demande-t-il avec un grand sourire.

J’ai les joues rougies par le froid et les lèvres si bleues que je ne peux plus articuler. Mes mâchoires s’entrechoquent et je grelotte violemment. Si je pouvais je l’insulterais mais à présent je n’ai qu’une envie : monter dans cette voiture.

Il s’approche de moi alors que je lui jette un regard noir et a l’amabilité d’ouvrir la portière. Je lui mets mon plus gros sac dans les bras et entre sans plus tarder dans le véhicule dont je referme la portière sans un mot. Oh douce chaleur ! L’effet est immédiat. Je me sens déjà mieux. J’entends Xyrus ouvrir le coffre, j’imagine qu’il range mes bagages, puis le refermer et me rejoindre dans le véhicule.

— T’ai-je manqué ?

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