5. Clans

4. Parce qu'il le vaut bien

Plus les siècles avaient passé et plus les fils de Zelyan s’étaient éloignés les uns des autres. Zeus ressentait comme une trahison ce manque d’intérêt pour lui mais il n’était pas non plus en reste. De son côté il avait lui aussi fortifié ses relations avec les autres fils de Zelyan vampires. La fratrie s’était lentement mais sûrement scindée en deux clans : les vampires d’un côté, Zeus presque à leur tête, et les loups garous de l’autre. Il semblait qu’Odin avait pris la place de chef mais rien n’était certain. Et Iain courrait d’une cité sanctuaire à l’autre pour glaner des informations et passer ses ordres.

 

Zeus n’avait jamais eu confiance en lui et ne le regrettait pas un seul instant si bien que, lorsqu’il apprit que Waban, le loup et non Ysun le vampire, était concerné il en fut presque soulagé. Il avait des contacts réguliers avec Ysun alors que celui-ci ait eu un problème et que l’Olympe n’en soit pas informé eut été un bien mauvais signe. Mais non, l’alliance vampire était sauve.

 

— Alors ? Qu’est-ce qui lui arrive à Waban ? Un petit souci avec des anges ? demanda Zeus avec dédain. Une fuite massive de son bétail ?

 

Le « bétail » en question n’était autre que des humains élevés dans de grandes fermes et pâturages en aval de la grande cité sanctuaire que dirigeait Waban. Contrairement à d’autres éleveurs, les loups de Waban avaient choisi de laisser les humains vivre en troupeaux nomades sur leurs terres. Le pic Kings culminait à plus de 4000 mètres d’altitude avant le Déluge et surplombait le Colorado, les lieux étaient verdoyants mais parfois rudes. Les vents parfois doux pouvaient s’avérer sans pitié, tout comme Waban « le vent d’est ». Le loup ne tolérait aucune incartade, aucune tentative d’évasion, de la part de son bétail. En revanche il lui avait également réappris à construire des « thipis », les habitats naturels des premiers nord-américains comme lui. Waban était un dieu bienveillant et justicier qu’il fallait respecter et craindre.

 

— Attaque de géants, répondit Iain, il semblerait que l’autre ait décidé de taper dans nos réserves de nourriture.

— Ce n’est pas stupide, cela nous épuise et cela convertit le bétail à sa religion. Le bouclier a tenu ?

 

Iain répondit par l’affirmative, le bouclier d’énergie présent autour de chaque cité sanctuaire vampire ou loup-garou avait résisté au choc. Mais l’une des fermes avait été détruite et son bétail libéré.

 

— Quand je pense à cette bouffe élevée en plein air brusquement disparue j’ai les crocs, grommela Iain, j’ai sacrément envie de sang.

— Ripostez alors, vous les loups semblez si prompts au combat, si prêts à vous battre et si sûrs de vous ! Allez-y !

 

Iain lui renvoya un sourire carnassier et lui envoya à la figure qu’Odin avait très exactement prédit sa réaction.

 

— Tu sais très bien que nous ne ferons pas le poids, pas seuls.

 

Thor grogna une réponse que Iain s’empressa de traduire, le loup à la patte de métal avait hérité d’une partie de la sagesse de son père. Même alliés, loups et vampires n’avaient pas les ressources nécessaires pour vaincre l’ennemi.

 

— Alors que faisons-nous ? demanda Zeus, qu’est-ce que tu veux John ?

 

Iain ménagea son suspense puis sourit à son aîné et lui annonça qu’il voulait un vampire à tuer.

 

— Tu veux que je sacrifie l’un de mes descendants ?

 

Il était fou, tous ces siècles à galoper autour de l’entrée des enfers l’avaient rendu dingue.

 

— Exactement.

— Tue un loup plutôt !

— C’est déjà fait ! rétorqua Iain, mais il me faut aussi un vampire.

— Pourquoi ?

— Pour envoyer un message en bas.

 

Il raconta son idée, enfin l’idée de Caius. Lorsqu’il était vivant, Caius fut un brillant général de l’armée romaine, il conquit la Gaule, franchit le Rubicon et fut l’un des rares humains que Zelyan respecta de son vivant. Il fallait bien avouer qu’il était un stratège hors pair. Caius gagna son immortalité le jour de sa mort lorsque, peu après avoir été poignardé par les sénateurs romains, il s’apprêtait à rendre son dernier soupir en plein milieu de la Curie. Zelyan, non sans avoir admiré le spectacle du haut des gradins, descendit vers lui et en fit un vampire. Il devint ainsi l’avant-dernier fils de Zelyan, quelques siècles avant Iain.

 

L’immortalité ne brida pas son intelligence, bien au contraire, Caius s’illustra avec toujours plus d’ingéniosité au fil des ans. Il sut utiliser les humains, leurs découvertes, leurs réseaux, pour maintenir les approvisionnements en viande dans toutes les cités sanctuaires tout en occultant leur monde aux yeux des Hommes. Si l’humanité n’avait pris conscience de l’existence effective des humains, loups garous et autres créatures magiques qu’en 2016, quelques mois avant le second Déluge, c’était en grande partie grâce à Caius.

 

— Comme tu l’as dit, nous ne sommes pas de taille à lutter, du moins pas à vaincre, déclara Iain. L’ennemi a ses géants, ses foutues armées célestes et ses dragons. Si les titans ne sont pas un problème c’est qu’ils sont toujours emprisonnés dans le Tartare. Mais ce n’est pas dit qu’ils n’essayent pas de forcer l’entrée de cette prison. De même pour Ragnarök, on peut s’attendre à ce que l’ennemi tente de libérer ce qui s’y trouve.  On peut casser de l’ange sans problème mais on ne tiendra pas sur tous les fronts sans aide.

 

— Surtout avec ces conversions à tout-va, murmura Zeus. Il semblerait que l’ennemi soit parti en croisade.

— Il nous faut du renfort, ajouta Iain. Et les renforts ne peuvent provenir que d’un seul endroit…

— En bas… Mais on ne sait même pas si Zelyan est toujours vivant.

— Caius compte sur Ereyne… On a envoyé des humains avec un message, des croyants, des hérétiques, on a même été chercher un humain dans l’une des cités sanctuaires d’Ereyne…

— Vous avez osé !

— Nous n’avions pas le choix ! Il faut que le message passe ! On a même envoyé deux loups volontaires ! Mais jusque-là pas de réponse !

— C’est pour cela que tu veux des vampires, répondit Zeus.

— Caius n’a pas de meilleure idée. Nous devons tout essayer pour faire passer le message.

 

Zeus hocha la tête en signe d’approbation puis s’enfonça dans son fauteuil, oh il n’aimait pas ce nouveau siècle. L’ennemi avait vraiment trop de pouvoir. Il ferma les yeux et, pour la première fois dans sa longue vie, pria.

4. Parce qu'il le vaut bien

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