[G&L] Chapitre 13 : Londres

[G&L] Chapitre 12 : Beau destrier blanc
[G&L] Chapitre 14 : Palace londonien

« — T’ai-je manqué ? »

 

A peu près autant qu’un canard empaillé. Son sourire me ferait fondre si mon cœur n’était pas glacé par le froid et la rancune. J’ôte mes mitaines, mon écharpe à moitié congelée qui finit sur le plancher de la voiture et pose mes mains sur la ventilation. Je soupire de soulagement. Une fumée ne s’échappe plus de ma bouche à chaque respiration, mon corps se détend et apprécie ce nouveau confort.

 

— J’eus cru que vous fassiez meilleur accueil à ma surprise, bougonne Xyrus.

 

Son expression de regret est presque convaincante, il me regarde avec un peu de désarroi et une pointe d’amertume mais je le sens lutter contre ce sourire moqueur qui veut étirer ses lèvres. Je n’ai nulle difficulté à en comprendre la raison : les joues rougies, la goutte au nez et les cheveux en tous sens je suis certaine de n’avoir aucune allure si ce n’est celle d’un clown. Mère me tuerait si elle me voyait en si piteux état.

 

— Je vois que tu as fait un effort sur la robe, me dit Xyrus en me tendant un mouchoir, après un coup d’œil sur ma robe étroite.

 

Cet abject rustre va réussir à me faire pleurer et rire à la fois. J’essaye de me rendre à peu près convenable tandis que Xyrus commente la météo. Je ne sais pas ce qu’il attend pour démarrer, je mets ma ceinture, il a déjà remis la sienne, tout est prêt. A moins qu’il n’attende un signal de ma part. Soudain il se penche vers moi avec un petit sourire et s’arrête à mi-chemin. Je ne devrais pas mais j’effectue l’autre moitié du trajet et nos visages se retrouvent un peu trop proches. La morale n’accepte pas autant de proximité mais, à vrai dire, je m’en moque. Mon corps se réchauffe peu à peu et je suis un peu grisée par la perspective de voir Londres. Seule, sans mes parents, ni chaperon, je vais pouvoir sortir un peu et découvrir la grande ville comme je l’entends.

 

— Toi tu m’as manqué, me souffle le duc, les filles de Londres sont tellement familières et accessibles.

 

Je ne parviens pas à savoir s’il s’agit d’un compliment ou s’il me trouve coincée. Soudain un raclement de gorge se fait entendre derrière nous. Je sursaute et j’ai un violent mouvement de recul tout sauf élégant. Sur la banquette arrière se tient une femme, plus âgée que nous. La peau de son visage est sans imperfections, lisse et recouverte d’un maquillage efficace. Je pense pouvoir affirmer qu’elle a déjà vu un bistouri, plus d’une fois. J’ai déjà une première ride de souci mais elle ne porte pas la moindre trace du temps.  Elle porte une robe noire à épaulettes décorées de clous métalliques. Ma main à couper  que c’est l’une de ces robes de la dernière collection que nous avions tant désiré l’automne dernier Delina et moi. Nous en avons même accroché une photo au mur. Assise ce n’est pas évident à voir mais je suis sûre qu’une fois debout le vêtement lui épouse les formes à la perfection, du sur-mesure… Elle porte un enchevêtrement de bracelets en or au poignet et de longs pendants viennent compléter sa tenue. Tout est parfaitement accordé.

 

— Meredith, je te présente Ellya, ma fiancée. Jolie nymphe, voici Meredith, ma maîtresse.

— Pardon ?! m’exclamé-je. Quoi ? Par toutes les mauvaises herbes du presbytère mais qu’est-ce que cette folie ?

 

J’explose, littéralement, je suis férocement en colère contre lui, pour avoir une maîtresse, pour me l’annoncer de la sorte, pour m’avoir demandée en mariage sachant qu’elle était là. Je suis certaine qu’il ne l’a pas mentionné à père. Et surtout je suis en colère contre moi. Comment ai-je pu être aussi sotte et penser lui avoir plu ? Bien sûr que ceci n’est qu’une mascarade, j’ai laissé mes sœurs et mes parents me monter la tête, personne d’entre nous n’a réalisé que je n’avais aucune chance de plaire à un duc.

 

— Tu t’emballes Ellya, ne voudrais-tu point descendre d’un ton ?

 

Je crie depuis cinq minutes et gronde toute ma colère et ma honte d’être aussi stupide.

 

— C’était une blague.

— Oui ! J’ai remarqué ! Mais pour les petites familles comme la mienne c’est tout sauf une blague, vous ne pouvez pas décemment mener en bateau un père soucieux de l’avenir de ses enfants simplement pour faire une blague !

— Non, rétorque Xyrus, ce n’est pas ma maîtresse, c’est ma tante, c’était une petite blague.

— Enchantée miss, lâche Meredith avec un petit regard condescendant.

 

Je reste muette à cette annonce mais j’espère que mes yeux parlent pour moi. Je reste interdite quelques secondes, les mots me manquent.

 

— Pourquoi ? finis-je par demander, au summum de la honte. Pourquoi ?

— Je ne savais pas vraiment comment te la présenter, un trait d’humour ne fait pas de mal d’habitude. Mais ravi de constater que tu es plus accrochée à moi que tu ne le laisses paraître.

 

Je ne suis pas accrochée à lui, c’est fou il n’a rien écouté, ma gorge me dit pourtant que j’ai beaucoup crié.

 

— Vu que tu es une jeune femme de bonne famille, pas de Londres en plus, je ne peux pas apparaître en public avec toi sans chaperon, ce serait inconvenant, m’explique Xyrus. Avec une de mes ex cela aurait été faisable mais je suis duc maintenant, et surtout je dois faire honneur à mon grand-père, en public du moins. Meredith, la sœur de ma mère, a besoin d’argent. Cela ne la dérangera pas d’être ta dame de compagnie, et je compte sur elle pour fermer les yeux au bon moment.

 

Il jette un regard entendu à sa tante qui lui répond par un pouffement de dédain. Elle ne semble pas apprécier son neveu, ou du moins la proposition qu’il lui a faite.

 

— Elle a vraiment besoin d’argent, me murmure Xyrus avant de se redresser et de démarrer le moteur. En route  mesdames, je veux dormir dans mon lit ce soir !

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