[G&L] Chapitre 14 : Palace londonien

[G&L] Chapitre 13 : Londres
[G&L] Chapitre 15 : L'accord

 

Xyrus parle et parle et parle depuis le début du trajet. Pourtant je ne comprends absolument pas le sens de ses propos. La voiture me rend somnolente de manière quasi-instantanée si bien que j’entends mon voisin parler plus que je ne l’écoute. Je cherche tout de même à alimenter la conversation mais je ne capte que quelques bribes : « valeurs », « pente », « stock-options ». J’ai enfin récupéré des sensations au niveau des pieds et assez de couleurs aux lèvres pour retirer mon manteau noir. Je l’enlève sans me détacher, le plus élégamment possible, et le laisse glisser le long de mes jambes. Je secoue la tête pour me réveiller et écarquille plusieurs fois les yeux rapidement, toujours dans le même but. Ce qu’il me manque pour ne pas dormir est un bon thé noir bien fumant. Et pendant que je finis de m’installer, Xyrus est toujours en train de parler, sur un ton plus sec et froid que le gel qui recouvre les étangs que nous dépassons.

Je ne me souviens pas l’avoir déjà entendu si… distant, sauf la dernière fois que j’ai évoqué son grand-père. Un coup d’œil à l’arrière me suffit pour savoir deux choses : Meredith ne se sent pas concernée par ce que raconte son neveu et elle n’a aucune envie de participer à la conversation. Elle se concentre sur l’écran de son téléphone et ne paraît pas encline à s’en décrocher. Si elle agit constamment de la sorte je doute qu’elle s’avère être une bonne dame de compagnie.

Une phrase, plus accentuée que les autres, ramène mon attention sur Xyrus, ce n’était pas un cri mais il semble quand même contrarié.

 

— Je suis désolée, bredouillé-je, qu’avez-vous dit ?

— Attendez deux secondes Robert, quoi ? me demande Xyrus en obliquant à peine la tête vers moi, gardant ainsi les yeux sur la route.

— Je ne comprends rien à ce que vous me racontez depuis notre départ.

 

Il esquisse un sourire, commence par me demander, ou plutôt m’ordonner, d’arrêter de le vouvoyer. C’est un réflexe lorsque je suis un peu déconcertée par quelqu’un, le vouvoiement est un signe de politesse assez marqué qui montre de manière assez claire le respect éprouvé et permet donc souvent d’apaiser une situation ambigüe.

 

— Je pensais que tu dormais, ajoute-t-il, je parle à Robert, l’un de mes agents de change. Oui, l’un ! Tu n’es pas mon seul agent Robert, peut-être que si tes résultats étaient meilleurs tu le serais.

 

Et le voilà reparti dans sa discussion de travail mais au moins je sais que ses mots ne me sont pas adressés.

Toujours bercée par les mouvements réguliers de la voiture, je l’écoute d’une oreille pendant que mon regard dans les paysages blanchis par la neige. Il parle de chiffres, de taux et enchaîne même sur les spéculations du marché. Soit il sait de quoi il parle, soit Xyrus fait bien semblant. A l’arrière Meredith ne décroche pas un mot, ni de son smartphone. Une semaine avec elle cela va être une joie de tous les instants.

 

Londres finit par apparaître, avec ses grandes tours entourées par des milliers d’habitations. J’ai pensé et repensé à ce voyage durant les quelques jours qui ont séparé l’annonce du départ mais jamais je n’ai eu l’idée de récupérer un guide de voyage. Certes j’ai toujours un téléphone à portée de main, néanmoins en voyant l’immensité de la ville je me dis que j’aurais pu prévoir un peu plus.

Les rues défilent, pleines de vie. Je suis surprise de voir tant de monde et une petite voix au fond de moi me rétorque que je suis vraiment une fille de la campagne. Mon émoi devant cette banalité égale ma sottise. J’ose jeter un œil du côté de Xyrus, il ne se moque pas mais mort sa lèvre inférieure, cela doit le démanger.

 

— Ce n’est pas drôle.

— Je n’ai rien dit.

 

Il se gare devant un grand et magnifique hôtel. Il y a plus d’étoiles sur leur pancarte en bronze que sur tous les hôtels de ma région réunis. J’exagère à peine, c’est un vrai palace. Je sors et m’apprête à longer la voiture afin de récupérer mes valises mais Xyrus m’attrape prestement la main et m’entraîne à l’intérieur, indifférent à sa tante qui nous suit de près.

Nous ne nous dirigeons pas vers la réception mais directement vers les ascenseurs. Tout ici respire le luxe et l’élégance. J’évite de me regarder dans les miroirs, ils me renverraient une image que mes grand-mères trouveraient indignes d’une future duchesse. Je m’imagine très bien encore marquée par le petit tour en calèche par -3°C et froissée par le long trajet en voiture. Je n’ai qu’une hâte : me changer et me détendre un peu.

L’engin s’arrête et Meredith sort, je bouge pour la suivre mais Xyrus me retient et nous continuons à monter.

 

— Enfin un peu seuls jolie nymphe.

 

Au ton de sa voix je m’attends presque à ce qu’il me plaque contre la paroi et m’embrasse fougueusement. Mais au contraire il s’éloigne de moi et s’adosse d’un air négligent. Il sort son téléphone et se met à pianoter dessus sans même m’adresser un regard.

 

— Quel est l’intérêt de se retrouver seuls si tu fais autre chose ?

 

Il lève les yeux et ses traits se détendent pour afficher un air moqueur, il a atteint son but et je réalise que je suis tombée dans le panneau tête la première.

 

— Jalouse ? Tu préfères que je m’occupe de toi ?

 

Les portes de l’ascenseur s’ouvrent et m’offre une opportunité pour ne pas répondre, je m’élance dans le couloir avant de me stopper aussi net, ne sachant pas dans quelle direction aller.

 

— En face, me dit Xyrus alors qu’il sort une carte de son portefeuille.

La chambre numéro 16 nous attend, ou plutôt la suite. Toute décorée de noir et blanc, avec quelques touches or et bois sombre, elle est raffinée jusqu’à la couture des coussins. Je fais quelques pas dans ce qui s’avère être un salon tandis que Xyrus file se faire un thé. Il se débarrasse de son manteau sur le chemin en le jetant sur un dossier de chaise. Je l’imite avec un peu plus de délicatesse et part à la recherche d’une penderie dans laquelle je pourrai ranger mon propre manteau. Elle est cachée derrière un miroir dans l’entrée. Tout ici est si précieux que j’ai presque peur de casser quelque chose en le touchant. Le meuble contient déjà des affaires d’hommes que je devine être à mon fi… à Xyrus. Je n’ai pas encore le courage de reconnaître notre lien actuel, il est encore irréel et une part de moi se dit que si je ne l’admets pas, alors il ne le sera pas.

 

— J’ai la suite à l’année, me dit Xyrus depuis la cuisine, elle te plaît ?

— De ce que j’en ai vu oui.

 

Comment ne pas aimer ?

 

— Si tu veux prendre un bain c’est en haut, tes affaires devraient être là d’une minute à l’autre.

 

J’ôte mes escarpins et jette un œil maussade aux traces noires qu’ils ont laissées sur mes bas puis monte le petit escalier de bois à pas légers. Je découvre en haut un étage tout aussi beau que celui que je viens de quitter. J’entrevois une salle de bains sur la droite mais décide de tout visiter avant. Je pénètre dans une chambre, une invitation au sommeil, l’énorme lit prend une bonne partie de la place et il paraît si confortable qu’il m’est bien difficile de lui résister. Je le contourne et m’en vais découvrir un grand dressing blanc et noir comme le reste de la suite. Toutes les affaires sont impeccablement rangées les unes à côté des autres, triées par couleur. Delina me vient en pensée, ma sœur fait la même chose. Notre armoire commune est de taille bien plus modeste mais elle réussit à y caser toutes ses affaires avec la même minutie. Je termine ma visite et constate qu’il manque quelque chose. Je redescends et continue mes recherches devant un Xyrus occupé à lire un quotidien, attablé à l’îlot de la cuisine.

 

— Tu cherches ?

— Ma chambre ?

— En haut.

 

Je ne suis pas folle, je viens de visiter l’étage et je ne crois pas avoir raté une porte.

 

— Je n’en ai vu qu’une.

— Parce qu’il n’y en a qu’une. Thé ?

 

Il se retourne puis dépose une tasse fumante devant une chaise à côté de lui et replonge dans sa lecture. Je me rapproche et m’assieds. Il est difficile de déterminer s’il est vraiment conscient de ce qui l’entoure. Xyrus peut m’annoncer que nous n’avons qu’un lit pour deux, et je ne suis pas une Marie couche toi là, et faire totalement autre chose l’instant suivant comme si sa déclaration n’avait aucune importance.

 

— Il nous en faut un deuxième, il serait indécent de dormir ensemble.

— Nous sommes à Londres, tout le monde se fiche de savoir où tu dors, ou avec qui tu dors, me rétorque Xyrus.

— Mon père désapprouverait s’il savait, je désapprouve. Je ne dors pas avec n’importe qui !

 

J’ai réussi à capter son attention, mais également à le vexer puisque revient cet air froid et distant qu’il avait lorsqu’il conversait avec son agent de change.

 

— Suis-je n’importe qui ? me demande-t-il un sourcil arqué, particulièrement déstabilisant.

— Je, je ne suis pas une Marie couche toi là.

 

Mon expression le divertit, il en rit. Il dépose son journal et descend de sa chaise tout en m’assurant que les « Marie couche toi là » comme je les appelle, ne dorment pas chez lui. Elles y passent deux heures mais guère plus. Ce n’est pas spécialement plaisant mais je m’intéresse plus à ce qu’il est en train de faire, à savoir s’approcher dangereusement de moi. Je descends également de ma chaise de bar mais cela ne fait pas grande différence : sans mes talons il a facilement une tête de plus que moi.

 

— Je sais que tu n’es pas une fille facile jolie nymphe, je le sais depuis longtemps, tu penses que je me fiancerais à n’importe qui ?

 

Mon cerveau n’a pas le temps de formuler une réponse que Xyrus dépose ses lèvres sur les miennes.

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