[G&L] Chapitre 16 : Deal

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[G&L] Chapitre 17 : Alcool et bouchées à la reine

« — Tu veux que nous signions un contrat ? »

 

Xyrus hausse un sourcil, expression d’un étonnement tout excepté simulé. Je pousse légèrement le menton en avant et désigne le dossier bien épais à côté de lui. Ses yeux suivent mon geste et une expression de surprise s’échappe de ses lèvres roses.

 

— Oh ça ? me dit-il en glissant les doigts d’une main sur les petits papiers de couleur qui marquent certaines pages, j’investis dans l’immobilier et mes avocats m’ont pondu ce pavé. Mais je t’en prie jolie nymphe, signe et deviens propriétaire d’une partie du nouveau quartier d’affaires de la City.

 

Je retiens un pouffement, me voilà surprise à mon tour. Il s’agit là certainement d’une plaisanterie comme Xyrus m’avance dossier et stylo. Je ne peux que convenir de la véracité de ses propos : le projet immobilier annoncé est rédigé noir sur blanc, imprimé sur les feuilles que je parcoure délicatement du bout des doigts.

 

— Par contre si tu signes ce contrat cela va te coûter quelques billes, en tant que gentleman je ne peux te poser cette question alors c’est le businessman en moi qui va parler : tu as combien sur ton compte en banque ? Je ne pourrais décemment épouser une jeune femme endettée de quelques dizaines de millions.

 

Si j’avais une telle somme nous n’aurions pas cette conversation. Cela contribue à ma sensation d’inconfort alors que mes yeux découvrent des montants aberrants inscrits dans un tableau. Jusqu’à présent seul le titre de mon compagnon, ainsi que son caractère, s’étaient imposés à moi. Je sais depuis notre rencontre, lorsqu’il a manqué de me renverser avec sa voiture et a, dans la foulée, ruiné un très beau livre, qu’il est riche. Le vieux duc, larron de mes grands-mères, l’était également et il lui a légué toute sa fortune. De surcroît, Xyrus possède sa propre compagnie. Riche n’est probablement pas un mot assez fort pour le décrire. Je ne devrais pas être si troublée et pourtant ces nombres avec tant de chiffres me donnent le tournis. Notre écart de richesse m’indispose. En un certain sens il me rabaisse. Se sentir dominée est l’un des pires sentiments que je connaisse. Il ne me rappelle que trop la récente attitude de père. Non, je n’aime vraiment pas tous ces chiffres.

 

Je repousse le contrat et demande la clef de ma chambre. Xyrus lâche un petit sourire goguenard puis se lève et s’empresse de le me la donner. La petite carte, sésame de ma tranquillité, en main, dans un mouvement aussi imprévu qu’inapproprié, je m’incline avant de filer. J’ignore pourquoi, un « au revoir » aurait suffi. Pourquoi diable me suis-je inclinée ?

 

Sa voix me donnant rendez-vous dans une demi-heure, assortie d’une blague douteuse sur mon incartade, est la dernière chose que j’entends avant que la porte ne se referme derrière moi. Trouble et émoi sont tels que je ne prête guère attention à ma suite. J’ouvre toutes les portes jusqu’à ce que l’une d’elle ne dévoile la salle de bains tant espérée. Vite j’ouvre les robinets et l’eau chaude emplit rapidement la pièce de buée. Des boules de mousse sont à disposition, j’en jette une orange dans l’eau et me voilà transportée dans une orangeraie. Je tire sur mes vêtements dans un vain espoir de les quitter plus vite et plonge une jambe dans le bain.

 

Je l’en retire aussitôt. C’est brûlant. J’ajuste la température de l’eau sortant du robinet mais il faut quelques minutes avant que je ne puisse à nouveau pénétrer dans le bain. Cette eau est une véritable bénédiction. Enfin un peu de paix dans ma vie. Ces derniers-jours furent si riches en rebondissements, surtout ce voyage. Entre la voiture, la tante un peu… bizarre et Xyrus, je ne sais plus où donner de la tête. Et plus j’essaye de me calmer, plus ce gouffre financier entre nous m’obsède. Je ne me savais pas si vénale. A l’image de mes sœurs j’ai toujours ardemment souhaité l’indépendance financière mais sans jamais penser richesse. Plus que de raison je suis oppressée par des sentiments bien éloignés de ceux que ressentent les jeunes fiancées. Je secoue la tête et regarde mes mèches onduler dans l’eau colorée, peut-être réussiront-elles à m’hypnotiser et m’ôter ces immondes pensées de l’esprit.

 

Des coups se font entendre à la porte de ma suite, fichtre, la demi-heure est-elle déjà passée ? La voix de Xyrus filtre à travers le bois. Il rit.

 

— Il ne reste que cinq minutes et je parie que tu n’es pas encore sortie de ton bain.

 

Sait-il seulement à quel point il est difficile d’avoir cinq minutes de tranquillité avec cinq frères et sœurs ?

 

Un léger coup de stress m’aide à me dépêcher, le sèche-cheveux a beau être puissant, je suis en retard de plusieurs minutes mais au moins je ne pense plus à l’argent. Je tente un peu de maquillage dans le même temps pas c’est un échec cuisant et je dois recommencer deux fois.

 

Xyrus ne s’est pas départi de son sourire alors que j’ouvre enfin la porte.

 

— Tout ce temps et tu ne portes pas même un corset ? observe-t-il en me jaugeant de la tête aux pieds.

 

Certes non, mère a décrété que ce style ne convenait pas à mon séjour londonien. Je lui retourne le coup d’œil, qu’il se sente également comme un morceau de viande chez un boucher. Rien à redire sur sa tenue, costume impeccable, taillé sur mesure, d’une sobriété effrayante.

 

— Dîner ? propose-t-il en m’offrant un bras que je saisis avec un sourire.

 

La faim me taraude l’estomac et je n’ai maintenant plus qu’une crainte : que mon ventre gargouille bruyamment. La tante de Xyrus nous attend dans le grand hall de l’hôtel, elle a les yeux rivés sur son téléphone portable et daigne à peine nous jeter un regard. Elle nous emboîte le pas alors que Xyrus m’encline à le suivre dans le restaurant de l’hôtel. Le maître d’hôtel nous approche d’une table où ne sont dressés que deux couverts. Je m’apprête à en faire la remarque mais Xyrus me devance en commandant le champagne tout en m’invitant à m’asseoir sur la chaise que l’homme a tiré pour moi. La tante de Xyrus s’est installée à une table un peu plus loin, seule. Je sais pertinemment qu’il la paye pour être mon chaperon mais cette vision d’elle seule à cette table ronde me désole.

 

— N’est-ce donc point terrible pour ta tante d’être ainsi esseulée ?

— Je ne peux décemment pas te draguer si elle est à portée de conversation non ?

 

Décemment et draguer ne sont décidément pas des mots à associer dans une même phrase.

 

— De plus, à chaque fois que je commence à compatir pour elle je me rappelle que sa présence me coûte un million de livres.

 

L’argent, encore et toujours. Xyrus est un mélange de politesse et d’effronterie. Impossible de savoir s’il a de l’affection, à défaut du respect, pour sa tante ou bien s’il la déteste.

 

— Pourquoi t’attendais-tu à un contrat ? me demande-t-il brusquement alors que le champagne est servi.

 

Xyrus lève son verre et je l’imite, il me dédie un sourire charmeur communicatif. Je ne peux m’empêcher de lui rendre la pareille puis notre conversation reprend sans détour.

 

— Je ne sais pas trop, l’irréalisme de cette situation y est probablement pour beaucoup.

— Oui je sais, le délai d’attente pour un dîner avec moi est plutôt de l’ordre de six mois, dans le meilleur des cas.

— Non je parlais de

— Je sais.

 

Les mariages sont monnaie courante, mais… pas moi, cela ne pouvait pas m’arriver à moi. Non que je sois exceptionnelle, il m’a seulement été impossible de ne serait-ce que l’imaginer. Et pourtant je dîne avec mon fiancé.

 

— Je pensais qu’entre adultes raisonnables nous avions un contrat tacite de bonne conduite mais si tu veux faisons-en un.

— Pardon ? Non, c’est bon, je n’ai nul besoin d’un contrat.

— Mais si ! me rétorque un Xyrus farceur, au moins pour le plaisir. Allez, pour le « fun ».

 

N’importe quoi. Il vide sa flûte d’un trait et commence à inventer des clauses toutes plus folles les unes que les autres et je me laisse prendre au jeu.

 

— Tu ne dois porter que du bleu les jours de pluie, lingerie incluse.

— Soit ! Et tu ne dois plus tourner ton thé que dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, pareil lorsque tu marches.

— Mais c’est complètement stupide !

— Tout à fait.

— Dans ce cas, tu ne dois plus écrire que sur des pages à petits carreaux.

— Tu me sers de chauffeur à chacun de mes déplacements.

— Hey ! J’ai une boîte à faire tourner ! T’as pas plus cliché comme demande ?

— Tu me sers le petit déjeuner au lit tous les matins.

— Ah tu pars sur le lit ? D’accord, tu me masses tous les soirs, et pas les pieds.

 

Cette conversation dérive dangereusement mais le niveau de liquide dans la bouteille est bas, et c’est la deuxième. Et l’entrée n’est même pas encore arrivée. Je devrais rétablir un semblant de dignité et changer de sujet mais les bulles explosent délicatement dans ma tête et créent une jolie brume qui noie mes neurones dans une douce euphorie.

 

— Je choisis toutes les positions.

— Sacrément coquine, tu caches bien ton jeu jolie nymphe, mais combien de positions as-tu déjà pratiquées ?

 

Il se penche vers moi, un air mystérieux collé au visage et réitère sa question.

 

— Alors, Ellya, combien d’hommes ?

— Aucun, comme tu pouvais t’en douter. Alors, Xyrus, combien de femmes ?

— Aucune.

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