[James] 12 : Anne Grant

[James] 11 : Voyage, voyage
[James] 13 : L'algorithme du triangle amoureux

Anne a bon goût, le lieu est agréable, moderne, à son image. Avec sa ravissante chevelure couleur châtain et son visage impeccable elle semble tout droit sortie d’une séance photo. Elle me gratifie d’un sourire à tomber par terre et me confirme la présomption de shooting alors qu’elle étale une serviette blanche sur ses genoux dans un geste parfait.

— Je suis désolée, j’ai enfilé un truc rapidement, je sors tout juste d’une séance photo pour un magazine.

Le truc dont elle parle est une robe sur mesure qu’elle n’a certainement pas dégoté dans une friperie.

— Tu es magnifique, Anne. C’est un plaisir d’être vu en ta compagnie.

Elle a choisi une table en terrasse donnant sur la rue, je serais fort étonné si je ne voyais pas un ou deux paparazzis.

— Flatteur, me répond-t-elle. Disons que nous sommes ainsi à égalité. Le plaisir est partagé.
— Combien de photographes sont cachés dans les fourrés ?

Anne prend un air choqué, j’aimerais bien la croire, mais si ses talents d’actrices sont aussi développés que ses charmes, impossible de distinguer le vrai du faux. C’est un don redoutable en affaires.

— Aucun, d’ailleurs je suis sortie par la petite porte. Et je suis loin d’être assez célèbre pour être photographiée en dehors des podiums ou bien des tapis rouges.

Dois-je lui dire que j’ai un peu surfé sur le net lors du trajet pour glaner quelques infos et que, à la vue de toutes les photos prises sur le vif je doute fortement de cette dernière phrase ? Je la verrais bien animer un talk-show, ou lancer une ligne de vêtements. C’est fou comme quelques images et deux bribes de conversation peuvent facilement mener aux préjugés.

— Permets-moi de choisir le vin.
— Oh merci ! Le vin est mon grand défaut, j’imite toujours mes amis.
— Les miens m’ont offert un stage d’œnologie pour mes vingt-et-un ans, et comme j’avais bien retenu la leçon j’ai eu droit à un second stage en cadeau l’année dernière.

Anne éclate de rire puis entraîne la conversation vers les cadeaux ratés. C’est à celui qui aura reçu le pire cadeau.

— Un Noël, ma sœur Aliénor m’a offert un recueil de poèmes, moi qui aie horreur de la poésie. Elle a dit que l’auteur l’avait fait penser à moi, parce que nous avions le même prénom.

Rien que le nom de miss 42 me tourneboule. Il suffit d’un rien pour qu’elle apparaisse dans ma tête.

— J’imagine que cela partait d’une bonne intention.
— Probablement.
— Tu n’en sais rien ?

Anne hésite, parler de sa sœur ne semble pas l’enchanter. Elle boit une gorgée d’eau puis me sourit à nouveau. Le serveur arrive et lui offre une occasion en or de ne pas répondre. Le menu du jour suffira, je ne suis pas vraiment là pour manger.

— Au fait tu as du temps ? Ma prochaine séance photo a lieu dans une heure et demie, cela laisse de quoi discuter, si tu as des questions bien sûr.

J’ai des milliers de questions mais elle va croire que je poursuis sa sœur.

— J’ai une réunion en début d’après-midi, mais puisque nous sommes là en effet je suis curieux de découvrir l’entreprise.
— La famille, rectifie-t-elle. La première chose à savoir est que mon père considère cette entreprise comme une famille. Mon père est l’aîné de six frères et sœurs. Il a monté cette entreprise et les a tous employés. De même si l’un de ses neveux a eu besoin d’un stage ou d’un emploi il l’a toujours aidé. Et de la même façon il contribue au mieux aux besoins des familles de tous ceux qu’il emploie. C’est notre ADN.

ADN qui sera réduit en miettes dès que le scénario numéro deux sera mis en application.

— Une chose m’échappe, ton père m’a déjà parlé de votre famille, vous ne semblez pas si proches.
— Ah, il t’a parlé de Gary et de ses peintures ? De Georges et de son compagnon jet-setteur ?
— D’Aliénor et de sa défection.

Anne rit, elle constate joyeusement que oui, son père a bien parlé d’eux.

— Père ne souhaite que le meilleur pour nous. Et nous le lui rendons tous, à notre manière. Dès qu’il a besoin de nous, nous sommes là.
— C’est pour cela que tu étais au déjeuner l’autre jour ? Et aujourd’hui ?

Anne accentue son sourire et m’accorde ce point. Elle aidait son père, mais pas aujourd’hui.

— Aujourd’hui j’avais seulement envie de te revoir.

C’est chaud. Et pas seulement à cause du soleil au-dessus de nos têtes. Anne m’a coincé, elle le voit bien. Et je me retrouve dragué par une Grant tout en draguant une autre Grant.

— Un autre verre James ?
— Non merci, je dois avoir les idées claires pour ma réunion cet après-midi.
— Je reboirai donc seule, me dit Anne, je dois au contraire avoir de l’alcool dans le sang pour assurer, je rencontre un mec barbant au possible.
— Je te rassure, je suis également barbant.

Et si elle continue de sourire comme cela je vais finir par craquer, qu’elle pense ou non à mon argent.

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