[James] 13 : L’algorithme du triangle amoureux

[James] 12 : Anne Grant
[James] 15 : frites et sourires

Le destin est un ami, un ami qui peut vous planter un couteau dans le dos, et que vous remerciez pour cela. Le déjeuner avec Anne se déroule parfaitement bien. Nous rions, mangeons, et la conversation est pleine de sous-entendus. Elle me fait oublier le monde qui nous entoure, c’est reposant.

— Oh Anne, bonjour !

Qui est ce fauteur de trouble ? Anne se lève et l’homme à la tenue décontractée l’embrasse chaleureusement sur les deux joues. Je connais ce type, je ne sais d’où mais son visage m’est familier.

— Installe-toi donc avec nous Chris ! l’invite Anne sans que j’ai mon mot à dire.

Chris s’empresse d’accepter la proposition et se commande un verre. Tout va bien, ce n’était qu’un déjeuner entre adultes, pas un rencard. La conversation se dirige automatiquement sur le nouvel arrivant qui, à ce que je comprends est en tournée promotionnelle. Ca y est, je me rappelle où je l’ai vu : dans un film d’action. Ce type est un acteur.

— Chris est un bon ami, m’explique poliment Anne.

— Un peu plus que cela non ? demande Chris avec un sourire entendu.

D’accord, j’ai compris, il m’est déjà arrivé de tenir la chandelle pour des potes et je n’ai pas du tout apprécié l’expérience. Je me lève leur annonce avoir une réunion, ce qui est vrai. J’ai encore une heure à tuer mais je préfère la passer dans mon bureau, seul, plutôt qu’au milieu d’un couple. Je lâche quelques billets, largement de quoi payer le déjeuner et je les remercie.

— Non, réfute Anne en se levant à son tour, merci à toi James, très sincèrement, à bientôt.

Elle agit bizarrement, mais je n’ai pas envie de rester plus longtemps. Une poignée de main pour Chris, je pourrai frimer devant mes potes pour avoir rencontré une star de notre saga galactique préférée, et me voilà parti. L’immeuble abritant mon bureau n’est pas loin, je le gagne à pied. Je me noie dans la foule et mes pensées avec. Le flot d’humains allant et venant dans les rues est une rivière chaotique.

Jena n’est pas là lorsque j’arrive dans le bureau, signe qu’elle est humaine et a encore besoin de manger. C’est donc dans un calme total que je me vautre dans cet énorme truc à roulettes qui me sert de siège de bureau. Je ne sais pas quoi faire, ni quoi penser. Anne me perturbe, elle paraissait contente de ce déjeuner et encore plus contente que Chris débarque.

Les tonalités sont longues lorsque l’on est impatient, et Sean n’est pas du genre à décrocher rapidement.

— Hey mec !

— J’ai foiré un truc.

— Oh un seul ?

Je raconte rapidement le déjeuner à Sean qui ricane puis explose de rire. Anne m’aurait utilisé pour rendre Chris jaloux.

— Jaloux ? Comment veux-tu qu’il soit jaloux de moi ? Je te parle de Chris l’acteur. Ce mec a tout pour lui plaire.

— Peut-être qu’il l’a quittée et qu’elle essaye de le reconquérir en sortant avec un mec qui ne lui ressemble pas du tout. T’es plutôt du style cérébral, lui il est plutôt… parfait.

— Moui, elle s’est moquée de moi quoi.

— Et toi ? T’es pas sorti avec elle pour avoir des infos sur ta future copine ?

Un point pour lui. Sean a le don de mettre le doigt sur tout, surtout sur ce qui blesse.

— Je n’ai pas appris grand-chose d’ailleurs, sauf que George va me rendre la vie difficile avec son entreprise. C’est un paternaliste convaincu qui embauche tous les membres de sa famille…

— Sauf ses gosses.

— Trop chelou.

Nous pourrions discuter des heures sur le sujet, débattre sur le sens de cette contradiction et sur la folie que j’ai probablement faite avec cet achat.

— Je t’abandonne mec, j’ai une vie, et un cours. Essaye de sortir avec ta copine, que Peter ne soit plus le seul du groupe à avoir une copine, je suis sûr que Mary et lui rêve de sorties entre couples.

Rien que l’idée m’écœure, Mary et Peter sont insortables, ensemble ou séparément. Mais je vais quand même essayer de suivre le conseil de Sean, ce rouquin a parfois de bonnes idées.

Le temps s’est écoulé à vitesse grand V durant notre conversation, trois petits coups frappés à ma porte et voilà déjà Jena, l’élégance même dans son tailleur qui irait à ravir à miss42, qui entre. Elle m’informe de la présence des participants à ma prochaine réunion devant la porte. Je les imagine bien tous assis en rang sur le canapé rouge.

— Faites-les entrer Jena.

— Bien monsieur Wood.

Je n’aime pas que l’on m’appelle par mon nom, tous mes employés m’appellent James, sauf elle. Elle est de la vieille école et ne souhaite pas changer ses habitudes. Tant qu’elle demeure aussi efficace qu’à présent elle peut m’appeler comme elle veut.

Je m’avance pour saluer mes collaborateurs qui pénètrent tour à tour dans la pièce. Je remarque au loin derrière le dernier un visage familier qui se penche mon assistante rassise à son bureau. Oh mon dieu ! Miss 42 est là.

Je referme la porte brusquement, heureux d’avoir refusé que toutes nos cloisons soient vitrées. Je crois qu’elle ne m’a pas vu, j’espère qu’elle ne m’a pas vu.

— Messieurs, asseyez-vous, j’ai un coup de fil à passer et je vous rejoins.

Ils s’engagent vers la table de travail tandis que je file à mon poste et compose rapidement le numéro de Jena.

— Bureau de monsieur Wood bonjour.

— Jena c’est moi James, ne dites pas un mot et répondez seulement pas oui ou non.

Elle va me prendre pour un dingue et n’aura pas tort.

— Est-ce que vous avez en face de vous Aliénor Grant ?

— Oui.

— Elle sait que je suis là ?

— Non.

— Très bien, je ne suis pas disponible pour elle, prenez un message, et connectez-vous à votre messagerie instantanée pour m’expliquer ce qu’elle voulait. C’est compris ?

— Oui.

— Merci Jena, vous me sauvez la vie.

Je raccroche, récupère mon ordinateur, le pose sur la table de travail et lance la messagerie instantanée. Jena n’est pas encore connectée, elle n’aime pas vraiment ce moyen de communication, trop 2.0 pour elle. Que me voulait miss42 ? A-t-elle su par je ne sais quel miracle qui j’étais ? Trop de questions, trop de questions.

— James ? Pouvons-nous commencer ? me demande David, responsable des ventes.

— Oui David, allez-y.

[James] 12 : Anne Grant
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