[Nemesis] Chapitre 01 : Découverte dans les bois

[Nemesis] Chapitre 02 : Indifférence

Elle s’appelait June Miller, elle avait quinze ans et toute la vie devant elle. Son père était un petit commerçant du coin, sa mère l’élevait avec ses frères. June n’était ni belle ni moche, ni riche ni pauvre. Elle fréquentait le lycée public de Darkwoods avec ses amis et n’avait jamais commis d’infraction. Pourtant, ce matin de septembre, elle fut retrouvée morte par les occupants d’une voiture qui s’étaient perdus sur l’une des petites routes qui traversaient l’immense forêt de ce recoin d’Oregon.

Quelques instants avant sa macabre découverte, la famille s’était arrêtée au bord de la voie. Une grande femme, la quarantaine, avec un carré blond qu’elle portait très court, était descendue la première de la grosse berline de location. De fort mauvaise humeur, elle s’était allumée une cigarette sortie d’un petit étui en métal et tirait dessus sans relâche. Un homme auparavant assis sur le siège passager l’avait rejointe rapidement et lui avait pris l’engin de mort avant de s’empresser d’aspirer lui aussi un peu de poison.

— Quand je pense que tu n’es même pas fichu de lire une carte ! avait grogné la femme.
— Quand je pense que tu n’as aucun réflexe et qu’on te laisse conduire ! avait rétorqué l’homme vêtu d’un complet gris de la même couleur que sa chevelure poivre et sel.
— Un jour je te tuerai Amias ! s’était alors exclamée la femme, arrachant un sourire à son compagnon.
— J’y compte bien ! avait répondu Amias alors qu’elle se jetait sur lui et l’embrassait passionnément.

Il ne s’était pas fait désirer et avait répondu plus que positivement à ses avances.

— Charlotte, avait-il alors murmuré entre deux baisers, ici, maintenant !

Il l’avait posé sur le capot de la voiture noire aux vitres teintées et menaçait d’arracher les boutons de sa chemise Chanel alors qu’elle enroulait ses jambes autour de lui et—

— Eh ! s’était écriée une voix derrière eux. Prenez une chambre ! J’ai déjà étudié la reproduction humaine en biologie, je n’ai pas besoin de démonstration, surtout de votre part !

Charlotte avait alors soupiré et autorisé son époux à se détacher d’elle, à contrecœur.

— Rappelle-moi pourquoi on a fait un bébé Amias…
— Pour voir la perfection incarnée par le mélange de nos gènes, avait répondu AMias en riant.

Il s’était ensuite avancé vers l’adolescente qui était elle aussi sortie du véhicule, puis il avait déposé un baiser sur son front de la jeune fille.

— Désolée ma chérie, je suis faible, tu sais à quel point ta mère est irrésistible.
— Je sais surtout que vous vous cherchez et séduisez tout le temps, même en public, c’est gênant.
— C’est également le secret de la longévité de notre couple ma chérie, notre union fait notre force.

Et leur union était lucrative à souhait. Amias, comme Charlotte, venait d’une modeste famille américaine typique avec des parents qui travaillaient dur et cumulaient les emplois pour offrir le minimum à leurs enfants. Boursiers tous les deux, Charlotte et Amias s’étaient rencontrés à Harvard lors du séminaire de rentrée et de la soirée d’intégration. Il y faisait son droit, elle étudiait les marchés boursiers. L’alchimie entre eux fut immédiate et totale. Diplômes et majorat de promotion en poche ils s’étaient alliés pour créer une petite société d’investissement : Greene & Lewis, de leurs noms de familles respectifs, et l’avait transformée en un fond d’investissement des plus rentables. Leur empire se bâtit entre les tours d’aciers de la grande pomme durant des années mais, brutalement, quinze jours plus tôt, ils décidèrent de déménager en Oregon. Si le couple fut unanime ce ne fut pas le cas de leur fille qui rechigna longuement. Si l’air de New-York lui donnait des vertiges depuis deux mois, chose inédite, elle n’était pas prête à abandonner sa vie et ce côté-ci des Etats-Unis. Malgré toutes ses offres et alternatives qu’elle proposa : vie en pension, chez une amie, avec une nounou… l’adolescente n’eut pas voix au chapitre. C’eut pourtant pu marcher, en fille sage qu’elle était depuis toujours, mais Charlotte et Amias furent intransigeants. Voilà pourquoi ils étaient à présent tous les trois perdus dans une forêt à l’ouest de l’Oregon.

— Je voulais que l’on reste à New-York, soupira l’adolescente pour la énième fois depuis leur départ.
— Le grand air te fera du bien, répondit son père avec un sourire compatissant qui n’eut aucun effet.

La jeune fille grommela une réponse et s’éloigna, elle voulait se dégourdir un peu les jambes.

— Rester aurait été une erreur, affirma Charlotte à sa fille bien qu’elle soit maintenant trop loin pour l’entendre, par contre nous aurions peut-être dû aller au Nouveau-Mexique, ajouta-t-elle d’un air entendu à son mari qui balaya l’idée d’un geste de la main.
— Je n’ai pas fui ce maudit désert pour m’y enterrer à nouveau. Et j’aime ma mère mais pas au point d’accepter de la voir débarquer tous les matins avec des muffins frais dans ma cuisine.

Il fit rire sa femme et allait continuer sur sa lancée mais un hurlement l’en empêcha. Amias se précipita vers sa fille qui criait à en perdre la voix et blêmit d’horreur en découvrant la cause de son émoi. Charlotte arriva quelques secondes après, munie d’un révolver qu’elle avait récupéré dans la boîte à gants. Elle se figea un instant puis inspira profondément et reprit le contrôle.

— Amias, dit-elle en se baissant pour tâter le pouls du corps au niveau du cou, éloigne Thétys et appelle la police.

Elle accentua la prise sur son arme et scruta les alentours à la recherche du moindre mouvement. C’était le crépuscule, le soleil fuyait la forêt en direction de l’océan pacifique, bientôt ils ne verraient plus grand-chose et ce n’était pas pour rassurer Charlotte. Elle relativisa, la peau de la victime fut froide sous ses doigts, elle était morte depuis un moment. Le tueur était certainement parti depuis longtemps.

Malgré quelques soucis de localisation, les Greene étant toujours perdus dans la forêt, la police arriva rapidement sur les lieux et découvrit le corps inanimé de June Miller, une habitante de Darkwoods. Un officier, l’un des adjoints du shérif, vint réquisitionner l’arme que Charlotte portait encore. Avec un calme exemplaire, saupoudré d’un peu de mépris pour cet homme incapable de constater qu’elle ne pouvait pas avoir commis ce crime, n’ayant pas de poudre sur les mains et le corps n’ayant pas de trace de balles, elle lui donna son révolver. L’arme avait été achetée en toute légalité deux semaines plus tôt à New-York, dans un magasin réputé pour son sérieux et la qualité de ses produits. L’objet était neuf et n’avait encore jamais servi.

— Je dois également vous poser quelques questions, demanda l’adjoint, votre identité s’il vous plaît.
— Charlotte Greene-Lewis.
— Que faites-vous en Oregon ?
—Nous venons emménager à Darkwoods.

Un peu plus loin, assis sur le capot de leur voiture, Amias et sa fille répondaient aux mêmes questions, avec un peu de calme.

— Ma fille est choquée ! Laissez-nous partir, s’emportait Amias.
— Vous connaissez la victime ?
— Si je la connais ? s’étrangla Amias, c’est la première fois que je mets les pieds en Oregon ! Non je ne la connais pas ! Je n’ai aucune idée de qui c’est, de ce qu’elle fait là et de qui l’a tuée !
— Mais vous avez trouvé le corps dans le fossé.
— Oui ! Nous nous sommes perdus, nous nous sommes arrêtés pour décrypter la carte routière et retrouver notre chemin et c’est alors que nous l’avons trouvée !

Amias allait devenir fou avec toutes ces questions, certes ils faisaient leur travail mais il était évident qu’ils n’étaient pour rien dans cette affaire, ils avaient juste… découvert le corps. Il frémit à la pensée que cette fille avait pratiquement l’âge de la sienne, cela aurait pu être son bébé. Ils auraient peut-être dû aller au Nouveau-Mexique finalement.


Merci d’avoir lu ce chapitre !

[Nemesis] Chapitre 02 : Indifférence

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *