02 décembre

Le coup de feu résonna jusqu’aux oreilles d’Ereyne qui sursauta et chercha ensuite l’origine du bruit. Les lieux étaient redevenus silencieux, à l’exception du feu qui crépitait doucement dans la cheminée. Un vieil homme pénétra dans la pièce, dans sa main un mug qu’il tendit sans un mot à Ereyne et un autre qu’il posa sur la table devant elle. La jeune femme s’en saisit et débuta un remerciement qu’elle ne put achever, l’homme s’en étant allé sans un mot.

— Ce fut un plaisir, murmura Ereyne, un sourire forcé aux lèvres.

De bonnes odeurs lui montaient aux narines, la boisson semblait aussi délicieuse pour les papilles que pour le regard. Ereyne s’accorda quelques instants pour honorer cet arôme qui promettait non seulement de la ravir, mais également de la réchauffer. Ses membres étaient encore frigorifiés par la lingue marche dans la neige.

Zelyan revint, et avec lui son sourire charmeur.

— Il fallait commencer, l’invita-t-il en saisissant la tasse posée sur la table. C’est nettement meilleur chaud.

Ereyne s’exécuta avec une gorgée délicieusement sucrée qui la ravit puis ajusta sa position sur le sofa, tout aussi confortable, avant de reprendre une discussion avec son nouveau voisin.

— Etait-ce un coup de feu dehors ? J’ai cru entendre une détonation.

— C’est la saison de la chasse, répondit rapidement Zelyan. Un tas de bêtes rôdent dans les bois et nombreux sont les chasseurs nocturnes, le gibier est meilleur de nuit.

— Un quelconque rapport avec la lune ?

Zelyan sauta sur l’occasion en or qu’Ereyne lui présentait sur un plateau d’argent.

— Exactement ! La chasse traditionnelle de nuit est réservée aux initiés mais parfois les chasseurs amateurs suivent un peu trop leurs proies qui s’aventurent dans les rues de la ville. Pour éviter que des innocents soient blessés ou pire, nous avons pris l’habitude de ne plus être dehors la nuit.

Zelyan parla longtemps de chasse, le sujet le passionnait visiblement. Il évoqua les meilleurs recoins de la forêt environnante, les différentes espèces à chasser ainsi que les méthodes de traque, le tout face à une Ereyne qui sombrait rapidement dans un sommeil contre lequel elle ne pouvait lutter.

— Nous faisons en revanche très attention à la population de rennes, racontait-il. Tradition de Noël oblige, surtout depuis que le troupeau de licornes est officiellement éteint et le somnifère a enfin fait effet.

Il poursuivi la dégustation de son breuvage, les pieds sur la table basse, vautré dans son canapé, observant avec intérêt la femme qu’il venait de droguer. Elle ne ressemblait pas du tout à la vieille Mary, physiquement du moins. Elle paraissait… fatiguée, ravissante, mais exténuée. Sa peau était plus lisse, certainement plus douce, et sa chair bien plus tendre. L’avoir devant les yeux lui donnait faim. Pourtant, Zelyan demeura calme, il eut même l’idée lumineuse d’attraper une couverture pour en recouvrir son invitée. Le sommeil d’Ereyne n’en fut qu’accentué, blottie telle qu’elle l’était à présent. La chaleur, couplée aux effets du médicament, l’avait plongée dans un rêve que rien ne pouvait venir perturber si bien qu’elle ne broncha pas lorsque la porte d’entrée s’ouvrit à nouveau.

Un homme entra sans invitation, se débarrassa de son manteau et pénétra dans le salon.

— C’est qui celle-là ? demanda l’hôte à Zelyan qui avait repris sa position initiale vautré sur le canapé.

— Ma nouvelle voisine, répondit-il sans se retourner.

— La maison a déjà été vendue ? La vieille n’est morte de peur que jeudi dernier.

— Quelle idée de sortir de chez elle en pleine nuit, sous une pleine lune. Je l’avais pourtant prévenue plus d’une fois que des loups rôdaient. En ce qui la concerne elle, il désigna Ereyne, héritage je crois, elle s’est endormie vite, le cocktail de Fitz était un peu trop efficace.

L’autre haussa les épaules et s’assit dans un fauteuil au coin du feu. Il étira ses membres vers l’âtre et s’imprégna de sa chaleur.

— J’hésite à ressortir, grommela-t-il après quelques longues minutes de silence. Il fait froid.

— Et les loups rôdent, ricana Zelyan. Tu devrais faire attention John.

Le dit John rit de plus belle, grogna, et s’étala un peu plus devant le feu. Nul ne parla durant un moment, le temps même se suspendit. Les bourrasques de vent s’écrasaient sur les vitres glacées, la neige n’en finissait plus de tomber et doucement la lune se levait dans le ciel de décembre. John s’agitait. Il peinait à rester en place. Il se tournait et retournait sur son fauteuil.

— Sors, lui ordonna Zelyan. Tu vas la réveiller.

— Et alors ?

— Et alors je ne veux pas que tu la réveilles, va t’exciter dehors.

— Fais comme tu veux, reste avec ton nouveau jouet — ma voisine — c’est pareil. Moi je vais chasser, je n’aime pas que ma viande soit servie toute cuite dans mon salon.

John partit comme il était venu, sans frapper, il s’en fut dans la nuit et disparut sous la neige. La maison retrouva son calme et Zelyan reprit son activité de voyeur.

— Que vais-je faire de vous, chère voisine ? se demanda-t-il à voix haute en observant Ereyne dormir à poings fermés sur son sofa.

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