03 décembre

Gênée par un rayon de soleil du matin, Ereyne ouvrit un œil, puis l’autre. Elle ne connaissait pas cet oreiller, ni ces draps, et encore moins le plafond d’où pendait un lustre en papier blanc. Elle glissa une main le long de son visage afin de rassembler ses idées et farfouilla dans sa mémoire. Ses derniers souvenirs émergèrent, ainsi qu’un nom : Zelyan, son voisin. Prise d’un doute, Ereyne arrêta de se frotter les tempes endolories et enfonça sa main sous les couettes. Elle sentit avec soulagement le contact de ses vêtements contre sa paume et la pression désagréable de son jean contre ses hanches. Rassurée, elle s’accorda quelques minutes de quiétude et profita de la chaleur du lit. La couette était moelleuse, épaisse à souhait, et recouverte d’une couverture en fourrure d’une douceur rare. Machinalement, tout en écoutant le silence ambiant, Ereyne caressa les poils de la fourrure et y enfouit ses doigts. La journée s’annonçait belle, décor parfait durant une pause hivernale, les édredons seraient difficiles à quitter. La fourrure qui s’étalait sous ses caresses procurait à Ereyne une sensation de réconfort à l’extrême opposé de tout ce qu’elle avait pu ressentir ces derniers jours à New York, puis elle ronfla.

D’un réflexe frappant, tous muscles tendus, le cœur animé d’une chamade digne d’un solo de batterie, Ereyne s’assit brusquement sur le lit. Trois têtes se levèrent et la regardèrent. Trois énormes Bouviers bernois étaient étalés autour d’elle.

— Je comprends mieux la chaleur, leur dit Ereyne avec un sourire après quelques longues et profondes inspirations.

Elle tendit une main, paume vers le haut, au plus proche qui vient la renifler avant de quémander une caresse qu’Ereyne offrit avec joie avant de s’intéresser aux médailles sur les colliers.

— Ceros, Bèos et Reos, quels noms originaux.

Trois chiens, trois énormes boules de poils, demandèrent de l’attention. Ereyne était officiellement adoptée par le trio si bien qu’elle ne put quitter la chambre sans eux. Précédée de l’un et suivie par les autres, Ereyne descendit doucement les marches de l’escalier joignant le premier étage au rez-de-chaussée. Elle prit garde à ne pas frôler les photos qui ornaient les murs de sourires d’hommes issus de toute la diversité que pouvait procurer le génome humain.

Ereyne reconnut l’entrée et le salon qu’elle avait visités la veille. Un feu brûlait toujours dans la cheminée mais pas d’âme qui vive à l’horizon. La jeune femme continua son exploration et découvrit rapidement une vaste salle à manger occupée par une immense table. La décoration aux murs était sobre et contrastait avec celle exubérante du meuble principal sur lequel s’entrelaçaient guirlandes de feuillages, pommes de pins, branches de gui, bougies et petits personnages de Noël. Ereyne compta seize chaises, bien espacées. Devant l’un d’elle, un couvert et quelques plats avaient été disposés, ainsi qu’un morceau de papier épais au liseré doré au centre de l’assiette. D’une main hésitante, Ereyne s’en saisit et, malgré son appréhension de lire ce qui ne lui était pas destiné, posa les yeux sur le message et une main devant une truffe qui s’approchait un peu trop près du bacon.

— Doucement, ce n’est peut-être pas pour nous, réprimanda-t-elle gentiment l’animal.

Elle se trompait. Son hôte, absent, avait eu la bienveillance de lui préparer ce qu’elle avait sous les yeux. Charmée, Ereyne se servit un thé et déjeuna tout en faisant la conversation aux chiens qui ne manquaient pas de lui répondre à leur manière. Ils ne détournèrent leur attention d’elle qu’au moment où Zelyan pénétra dans la pièce.

— Bonjour, vous avez bien dormi ? demanda l’homme tout sourire, des flocons de neige encore dans les cheveux.

— Très bien, merci, lui répondit Ereyne. Je suis confuse, je ne sais pas ce qu’il s’est passé, je me suis endormie. Vous m’en voyez désolée.

— La faute est mienne.

Il ne lui permit pas de s’excuser plus encore en réorientant la conversation vers ses activités futures. Ereyne fut au regret de lui annoncer qu’elle n’avait rien planifié de plus. La fatigue, la surcharge de travail, la pluie de New York et le manque de perspectives heureuses l’avaient poussée vers une décision prise sur un coup de tête. Elle était à l’un de ces tournants que la vie réservait parfois, sans savoir dans quelle direction aller.

— Je pense que je vais visiter la maison, faire quelques courses et décider du reste plus tard. Il faudrait aussi que je consulte mes mails et mes messages mais j’ai peur d’y trouver ma lettre de licenciement, acheva-t-elle avec un petit rire pincé.

— Si vous n’avez rien de prévu, ce que j’ai cru comprendre, pourquoi ne viendrez-vous pas décorer le sapin du salon avec moi cet après-midi. Je le garde toujours pour la fin.

— Je ne voudrais pas vous déranger.

— Ce n’est nullement le cas, j’insiste donc, Ereyne.

Il avait ce petit balancement de la tête, accompagné d’un mouvement des yeux totalement irrésistible, un vrai prince charmant. Ereyne ne put refuser son offre.

— D’accord, mais il va falloir arrêter de me vouvoyer.

— Comme tu voudras, Ereyne.

Les chiens autour d’eux, Zelyan la raccompagna jusqu’à la porte d’entrée où Ereyne retrouva des bagages et son manteau. L’air froid dehors ne put refroidir la bonne humeur ambiante.

— Je te dis à tout à l’heure alors, je vais découvrir la maison et voir ce que je peux ranger et nettoyer.

— Avec plaisir, dit Zelyan avant de refermer la porte puis de la rouvrir aussitôt. Au fait ! Attention aux traces de sang sur le perron de la maison, la vieille Mary en a mis partout.

Ereyne le regarda interloquée.

— Le notaire m’a dit qu’elle était morte de manière naturelle.

— Et il a tout à fait raison. Se faire dévorer par des loups est assez naturel par ici.

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