05 décembre

— J’avoue que je ne t’imaginais pas de retour si tôt, plaisanta Zelyan une fois à nouveau chez lui, Ereyne encore choquée à son bras.

Les restes de Persiflore encore en mémoire, la jeune femme fut conduite sans résistance dans le salon. Elle s’assit sans réellement réaliser ce qu’elle faisait, et écouta son hôte d’une oreille. Ceros, fort attaché à ce nouvel humain, l’avait suivie et vint se rouler en boule sur le sofa, la tête sur ses genoux. D’une main distraite, Ereyne lui caressa la tête, et reçut un soupir de reconnaissance en guise de récompense.

Zelyan parlait, mais elle ne comprenait pas le sens de ses paroles. Le froid était tombé dans cette pièce auparavant si chaleureuse, illuminée par le soleil du matin qui frappait les vitres glacées, elle était soudain si sombre. Les sens d’Ereyne perdaient leurs repères, elle n’avait plus qu’une envie : fuir.

— Je vais rentrer à New York, annonça-t-elle d’une voix éteinte.

— Déjà ? C’est à cause du chat ? s’enquit Zelyan. Tu sais ce n’est pas si grave.

Ereyne sortit de sa torpeur. Elle le regarda comme si elle le découvrait, après tout elle ne le connaissait pas. Zelyan n’était qu’un homme rencontré la veille.

— Pas si grave ? Pas si grave ! s’écria-t-elle. Le perron, le chat ! Ma tante est morte là-bas ! A quelques mètres ! Son sang est partout. Et le chat ! Oh mon Dieu. Tout ce sang. Des loups, il y a des loups ici, qui rentrent dans les maisons !

— Oui, bon… ça… normalement ils n’ont pas le droit, concéda Zelyan.

— « Ils n’ont pas le droit » ? Un arrêté municipal les en empêche ?

— Non mais…

— Mais quoi ? Ce sont des loups ! Des bêtes sauvages ! Des animaux dangereux qui se promènent en liberté dans la ville et qui tuent des gens.

Ereyne était confuse, Zelyan ne semblait pas réaliser le danger que pouvait représenter des loups dans une ville. L’actualité faisait régulièrement cas d’ours dans des villes du Canada ou de Russie qui fouillaient les poubelles en quête de nourriture, mais jamais ils n’attaquaient des chats dans une d’un quartier résidentiel du Montana. New York et ses meurtres opportunistes paraissait nettement plus sécurisée.

— Ca n’arrive pas si souvent, tant qu’on reste chez soi après le lever de la lune il n’y a pas de problème. Pour le chat… La porte devait être ouverte au moment ou la vieille Mary s’est faite attaquée, je n’ai pas résolu son cas d’ailleurs, et il a cherché à attaquer le loup. Je ne sais pas trop ce qu’il s’est passé, j’étais en forêt en train de chasser. Je pense que tu ne risques rien dans la maison.

— Ce qu’essaye de dire cet abruti, intervint Caron qui rentrait les deux autres chiens. Est que tu es la bienvenue ici, que nous serions ravis de t’avoir pour les fêtes, et que les chiens se feront un plaisir d’être tes gardes du corps. Ils t’adorent.

Il lui dédia son plus beau sourire et argua qu’elle serait son plus beau cadeau de Noël.

— Zelyan invite toujours ses potes sans cervelle, pitié, j’aimerais que le père Noël m’offre la compagnie de quelqu’un de normal cette année.

Ereyne voulut décliner mais Zelyan vint en renfort de Caron. Il appuya ses propos, Ereyne serait un atout considérable à sa table de réveillon cette année. Ces malheureux incidents ne pouvaient et ne devaient pas gâcher ses attentes.

— Tu es venue ici pour une bonne raison n’est-ce pas ? Trouver un sens à ta vie non ? Quitter un morne quotidien… Notre ville est tranquille, ces tragédies sont des actes isolés, je te le garantis. Et, regarde-moi Ereyne.

Elle lui accorda le privilège de plonger des yeux sombres dans son regard gris et le laissa la convaincre.

— Je te promets que rien ni personne ne te fera du mal pendant ton séjour. Tu as ma parole.

Il lui prit la main et entrelaça leurs doigts. Caron soupira, saisit les bagages d’Ereyne qu’il avait ramenés, et les monta en maugréant.

— C’est toujours la même chose… Si vous me cherchez, chose que vous ne ferez pas, je serai à la gare ! Certains bossent dans cette maison !

Il partit peu après, deux des chiens sur ses talons, Ceros était toujours couché contre Ereyne.

La jeune femme passa la matinée sur le canapé, le regard dans le vide, toujours traumatisée malgré les paroles apaisantes de son hôte qui s’était éloigné afin de téléphoner. Aux bruits qu’elle entendait, Ereyne comprit qu’il appelait plusieurs personnes. Zelyan haussa maintes fois le ton et, bien qu’elle n’entendît pas les paroles, Ereyne devina sans peine l’énervement dont il faisait preuve. Une chose l’agaçait mais elle n’en connaissait pas l’origine. Il faisait les cent pas dans la cuisine et de temps en temps s’arrêtait un instant pour inspirer profondément. Il se retenait de hurler, Ereyne pouvait le sentir. Un frisson lui parcourut l’échine, elle se blottit contre le chien et tira une couverture à elle. L’animal provoquait en elle une sensation de sécurité bienvenue.

Enfin Zelyan revint vers elle, toujours énervé, mais un brin satisfait.

— Je cherchais à comprendre comment cette tragédie avait pu se produire à côté de chez moi, s’excusa-t-il platement. Je ne sais pas encore tout mais j’ai un semblant de réponse. En tout cas, tu peux être tranquille, j’ai fait en sorte que cela ne puisse pas t’arriver.

— Comment ? Tu ne contrôles pas les loups.

— En fait… si. Longue histoire. En résumé, le premier qui t’approche, je le tue.

Avec le sourire.

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