06 décembre

Ereyne esquiva le déjeuner, et se noya sous une douche brûlante. Elle évacua les chocs passés, sa frustration de ne pas être en mesure d’affronter la situation avec plus de force, et l’atroce vision du chat mort. Le mélange d’eau, de vapeurs et de gel douche odorant créèrent un écrin de douceur et de volupté relaxant. Ce moment loin de tout fut une parenthèse appréciable pour la jeune femme qui la referma bien trop tôt avec regret. Elle quitta la douche carrelée, posa un pied sur l’un de ces doux tapis de bain et l’ôta aussitôt après que le tapis eut grogné.

— Je suis désolée Ceros. Je sais que tu prends ton rôle de garde du corps très à cœur mais il serait bon que tu me laisses un peu d’espace.

Elle repoussa l’animal à l’autre bout de la salle de bain et entreprit de s’habiller. Elle quitta sa pause aquatique et redescendit dans l’entrée. Zelyan disposait des cartons un peu partout, le moindre espace disponible était rempli par une boîte, un carton ou un objet quelconque destiné à figurer sur l’immense sapin  qui occupait une bonne partie du salon. Ereyne dut se faufiler pour parvenir à passer.

— Il est déjà temps de décorer le sapin ? demanda-t-elle en se rapprochant de son hôte.

— Nous pourrions, mais nous nous exposerions à la fureur de Caron et je n’ai pas envie de mourir si jeune. Je me contente de descendre les affaires du grenier.

Zelyan posa ce qu’il avait dans les mains puis se redressa et lui proposa une promenade en ville.

— Nous avons en ce moment un petit festival de Noël, rien de grandiose comparé à ce que tu dois avoir à New York mais j’imagine que cela pourrait être distrayant.

Ereyne accepta avec joie, elle avait grand besoin d’un bon bol d’air frais.

— Rien de sanglant n’est prévu, la rassura Zelyan, sauf si tu veux manger un steak.

Elle grimaça, et Zelyan en fut désolé.

— Trop tôt pour la blague n’est-ce pas ? J’en suis navré.

La ville était aussi magique que la veille, plus encore lorsque l’on était en bonne compagnie. Zelyan l’entraîna à travers les rues enneigées et illuminées. Cà et là, des artisans avaient installés de petits offices éphémères. Les chalets agrémentés de gui, de branches de sapin et de guirlandes rouges et lumineuses, rassemblaient le meilleur des métiers de la région.

— C’est vraiment ravissant, avoua Ereyne alors qu’elle s’extasiait devant une figurine de bergère peinte à la main. Combien ?

— 20 dollars, annonça le commerçant.

Ereyne fouilla en son sac à la recherche de son portefeuille. Elle se maudit d’avoir autant de pochettes.

— Tu cherches ? lui demanda Zelyan en la voyant farfouiller.

— Mon argent, je veux cette bergère, regarde comme elle est belle.

Elle désigna l’objet du menton et reprit ses recherches. Zelyan l’attrapa et observa la petite bergère avec un grand intérêt.

— C’est vrai qu’elle est assez réussie. Combien avez-vous dit ? dit-il en se tournant vers le vendeur qui pâlit.

— Vous savez quoi ? C’est noël, je vous l’offre !

Ereyne refusa tout net, toute peine méritait salaire. Elle insista donc pour rémunérer le commerçant qui, à son grand étonnement, tenait à lui offrir.

— Monsieur tient à te l’offrir, fais-lui cette faveur. Et allons patiner.

— Tenez madame, c’est mon cadeau.

L’homme lui mit l’objet dans les mains, se pencha, insista encore pour lui offrir et lui souffla à l’oreille.

— Fuyez.

Interloquée, Ereyne recula et Zelyan en profita pour l’éloigner du stand, non sans un dernier regard appuyé envers l’homme qui déglutit.

Ils poursuivirent leur promenade parmi les riverains. La foule était dense mais tous s’écartaient à leur approche comme par magie. Ils purent ainsi profiter en toute quiétude de l’allégresse ambiante. Tous les artisans venaient à leur rencontre, délaissant même leurs clients pour s’occuper d’eux. Zelyan était le parfait gentleman, un véritable héros de téléfilm de Noël.

La magie de l’instant atteint son paroxysme lorsqu’il l’emmena sur la patinoire éphémère, miraculeusement vide à leur arrivée. Ici, sous la neige, le temps fut suspendu, naviguant au gré des chants et cantiques de fêtes joyeusement émis par les enceintes réparties autour de la patinoire. Le rêve s’acheva brutalement avec la chute d’Ereyne sur la glace. Elle entraîna Zelyan avec elle et tous deux se retrouvèrent sur la surface froide, l’ego froissé, mais sans heurt.

— Je suis vraiment navrée, s’excusa Ereyne en s’asseyant.

— De rendre cette journée parfaite ? répondit Zelyan, assis à côté d’elle.

Elle rougit, il l’embrassa.

Ses lèvres étaient chaudes, son baiser doux, le moment les emporta loin de la réalité. L’esprit de Noël animait chaque flocon, chaque odeur d’épice, chaque boule dorée. Ereyne oublia le monde et se blottit un peu plus contre Zelyan. Elle sentit son cœur ardant battre vaillamment sous les couches de vêtements chauds. Ils ne se séparèrent qu’à contre-cœur, lorsqu’une bourrasque de vent s’abattit sur les lieux. Le soir tombait, et annonçait l’avènement d’une nouvelle lune.

Les lieux furent rapidement désertés, malgré l’heure précoce. Cependant, Zelyan ne parut pas pressé. Ereyne en revanche, ressentit toute la précipitation qui s’était brusquement emparée de la foule. Un sentiment d’insécurité l’oppressait tandis que le ciel s’assombrissait de minute en minute.

— Nous devrions nous hâter, murmura-t-elle en remettant ses bottes à la va-vite tandis que Zelyan ôtait à peine ses patins. Le temps a filé si vite que je ne me suis pas rendu compte qu’il faisait presque nuit. Et nous avons encore une demi-heure de marche pour rentrer.

— Rien ne presse, il neige à peine et nous sommes bien couverts, nous pouvons rentrer tranquillement.

Ereyne le dévisagea avec stupeur.

— Mais, et les loups ? La règle du retour avant le lever de la lune ?  

— Ah, ça.

Comment pouvait-il ignorer cette règle qu’il lui avait plusieurs fois répétée ? Zelyan était d’un calme olympien. A l’inverse Ereyne paniquait, et pour cause, ils étaient les seuls être vivants encore présents. Elle marcha d’un pas rapide, et créa de fait une bonne distance entre Zelyan, nettement moins inquiet, et elle. Elle se retourna plusieurs fois pour l’inciter à accélérer mais rien n’y fit. Il demeurait nonchalant au possible et marchait d’un pas tranquille.

— S’il te plaît, supplia Ereyne pour la cinquième fois, minimum.

Elle voyait des loups partout, chaque ombre était un danger, chaque mouvement une bête féroce.

— Tu ne risques rien, cria Zelyan afin qu’elle l’entende, éloignée qu’elle était à présent. Je suis là.

Ereyne n’eut pas fini d’entendre la réponse qu’un monstre sombre à la crinière hirsute surgit des fourrés et bondit sur elle. Il mesurait bien deux mètres au garrot et ses dents promettaient mille douleurs. Propulsée au sol, Ereyne perdit conscience lorsque sa tête heurta le trottoir.

— John ! Couché !

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