08 décembre

L’état de John était tout sauf un argument en faveur d’une possible considération de l’idée de rester à Kane Hill. Il était si amoché qu’il en perdait forme humaine. Ereyne, encore sonnée, chercha son smartphone et consulta une appli de transport. Le désespoir se peignit sur son visage à mesure qu’elle lisait l’information principale : la météo jouait contre elle, pas un bus, pas un train, pas un avion avant plusieurs jours. Elle était bloquée dans cet enfer.

— Je peux t’emprunter Céros quelques jours ? demanda-t-elle les larmes aux yeux à mesure que le piège de cet hiver se refermait sur elle.

Pourquoi diable avait-elle eu cette idée folle de venir ici ?

— Avec grand plaisir, répondit le maître du chien. Il en sera heureux, moi aussi. Tu es la bienvenue pour passer Noël avec nous.

— J’espère être partie avant Noël, l’application mentionnait quelques jours, et le 24 est encore loin.

Zelyan grimaça et lui annonça qu’il valait mieux ne pas se fier aux applications météorologiques. Kane Hill était isolée, dans un recoin de l’état, le temps n’en faisait qu’à sa tête.

— Mais je te promets que ce réveillon sera inoubliable, lui dit-il avec un sourire avant de l’entraîner dans la cuisine.

Au grand étonnement de la jeune femme, elle se retrouva à faire des cupcakes de Noël, Zelyan s’étant donné pour mission de lui faire oublier ce malheureux incident. Mais malgré tous ses efforts, Ereyne remettait régulièrement le sujet sur la table. Elle rappelait la taille du « lapin adulte » qui l’avait attaquée, il maudissait les OGM et pesticides utilisés par les agriculteurs du voisinage.

— Tous ces trucs chimiques gâchent le goût de la viande. Rien ne vaut une bonne tranche de viande blanche certifiée nourrie au bio. Héphaïstos est formel sur le sujet et crois-moi il s’y connaît.

— Héphaïstos ? Comme le dieu grec ?

— Phaï pour les intimes. C’est loin d’être un dieu… Ses parents avaient un sacré sens de l’humour.

Ereyne sourit tandis que Zelyan plaisantait avec deux ou trois anecdotes dont Héphaïstos était le héros. La nuit était plus qu’avancée lorsqu’ils sortirent les gâteaux du four et ce fut avec une grande joie qu’Ereyne ôta son tablier. John grognait, ou plus exactement ronflait dans le salon, toujours nu dans son fauteuil. Ils admirèrent leur travail : une floppée de petits gâteaux décorés de paillettes et autres motifs en sucre multicolores. De la farine sur les joues, Zelyan constata avec satisfaction que son objectif était atteint. Ereyne avait mis de côté son expérience traumatisante et le sourire qui étirait ses lèvres lui semblait sincère.

Elle réprima un bâillement et annonça qu’il était l’heure d’aller dormir, ce que son hôte confirma. Dehors, un loup hurla à la lune. D’instinct, les deux adultes se tournèrent vers la fenêtre. Ereyne s’avança et plongea son regard à travers la vitre mais tout était trop sombre. Pourtant, elle cru déceler du mouvement dans le jardin. Des ombres plus noires que d’autres se déplaçaient.

— Zelyan… Je crois qu’il y a des loups dehors.

— Mais non, je les aurais sentis.

Zelyan se rapprocha également de la fenêtre.

— Quoi ? demanda Ereyne en fronçant les sourcils. C’est une façon de parler ?

— C’est mon instinct de chasseur, répondit Zelyan dans une pirouette. Avec les années on sent des choses, je suis à moitié animal moi-même.

Il glissa une main dans son dos, Ereyne put en sentir la chaleur rassurante. Le danger paraissait moindre lorsque Zelyan était contre elle.

— Restons-ici, murmura-t-elle.

— Ici ?

— Sur le canapé, au coin du feu. Je me sentirais plus en sécurité, avoua-t-elle.

— Tu as peur de dormir avec moi ?

— Non, je, commença-t-elle aussitôt coupée par un baiser.

— Viens, je ne te dévorerai pas, promis, jura Zelyan en l’entraînant dans l’escalier. Je sais que je suis un peu carnivore mais pas à ce point-là.

Un peu anxieuse, Ereyne se laissa mener à l’étage. Elle était partagée entre le besoin de ne pas être seule et la peur d’avoir à refuser des avances.

— Zelyan…

— Je sais, répondit-il en ouvrant la porte de sa chambre. Pas d’union charnelle. Je te laisse donc récupérer le moins seyant de tes pyjamas avant de me rejoindre ici. Personnellement je ferai l’effort de ne pas dormir nu afin de ne pas te tenter. Les femmes sont toutes folles de mon corps…

— Vantard !

Elle dût cependant reconnaître qu’il n’avait pas tort, au moins de visage et de silhouette. Il était mince, élancé, élégant, attirant…

Ereyne secoua la tête et s’enfuit dans sa chambre. Elle ôta rapidement ses vêtements pour mettre un pyjama de coton des plus simple, rouge et blanc, aux couleurs de Noël. La découpe ample du vêtement cachait ses formes, il était conçu pour le confort, pas la séduction. Elle revint quelques minutes plus tard devant la porte ouverte de la chambre de Zelyan. Un peu intimidée, elle pénétra dans un univers cozy, où les meubles de bois blancs étaient réhaussés par des ornements aux couleurs plus appuyées. Le lit aux draps blancs et or occupait la plus grande partie de la pièce. Sur celui-ci, une large fourrure noire et brune s’étalait sur toute la largeur. Une tête de loup tombait sur un petit banc recouvert d’un coussin beige. Zelyan était à l’autre bout, penché sur une table de chevet, un T-shirt blanc et un caleçon sombre pour tous vêtements.

Ceros entra le premier dans la pièce et s’installa sur un banc, encore un, situé sous la fenêtre. L’animal avait ses habitudes.

— J’espère ne pas t’avoir trop fait attendre, dit Ereyne en refermant la porte derrière elle.

— Aucun souci.

Un peu hésitante, Ereyne s’installa sous les couvertures, non sans appréhension.

— C’est un vrai ? demanda-t-elle en désignant la fourrure.

— Ah, oui. Je te présente Ling. Il m’a un jour agacé. Et il a fini comme ça.

Ereyne haussa un sourcil et lui demanda de lui rappeler de ne pas l’agacer. Zelyan sourit, la probabilité qu’elle l’agace autant que Ling était très faible.

— Dors maintenant, dit-il en la voyant allongée, la tête sur l’oreiller, luttant contre le sommeil. Rien ne t’arrivera ici.

Il voulut s’écarter mais elle l’attira près de lui et déposa un baiser au niveau de la commissure de ses lèvres. Elle se s’accrocha à son T-shirt et se blottit contre lui avant de s’endormir contre lui.

Zelyan passa un bras par-dessus elle, patienta quelques instants, puis grogna et bascula sur le dos.

— Impossible de dormir si je suis trop proche…


Merci d’avoir lu ce chapitre !

Axel.

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