[G&L] Chapitre 18 : “Soirée”

Je ne saurais dire à quel moment exact la Terre s’est arrêtée de tourner, ni celui où j’ai réussi à retirer ma robe, ni même comment j’ai pu retourner dans mon lit. Quoi qu’il en soit je suis là, noyée sous les couettes et les oreillers, accrochée au bras de Xyrus comme si ma vie en dépendait. Je regarde au-delà de son torse la pluie tomber sur Londres. Les gouttes d’eau frappent les vitres en rythme et créent une douce musique que les oreilles post-cuites savent apprécier comme nulles autres. Une sonnerie m’a éveillée quelques instants plus tôt, Xyrus a eu le bon réflexe de l’éteindre dans la foulée avant de refermer les yeux. Les calme est revenu sitôt après sa disparition, nous allons pouvoir continuer à nous reposer. Mais la sonnerie retentit à nouveau, insistante. Cette fois Xyrus décroche. Il se redresse et aboie une question à son interlocuteur. Le ton est sec, la voix rauque, mon « alcoolyte » semble agacé, ce que je peux comprendre pour l’être également.
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[G&L] Chapitre 17 : Alcool et bouchées à la reine

« Aucune »

Je ferme les yeux un instant et, lorsque je les rouvre, tout a changé. Le restaurant a disparu et me voici à l’horizontale, enfin je crois. La Terre tourne, plus que de raison. L’alcool a de multiples effets sur le corps humain et je n’aime guère celui-ci. Pas plus que je n’apprécie ce beau trou noir auparavant nommé mémoire. Cette pièce devient peu à peu familière, je reconnais ma chambre d’hôtel. Un mouvement après l’autre, lentement, doucement, je me redresse. La Terre continue de tourner mais je dois me lever, la salle de bains n’est qu’à quelques mètres.
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[G&L] Chapitre 16 : Deal

« — Tu veux que nous signions un contrat ? »

 

Xyrus hausse un sourcil, expression d’un étonnement tout excepté simulé. Je pousse légèrement le menton en avant et désigne le dossier bien épais à côté de lui. Ses yeux suivent mon geste et une expression de surprise s’échappe de ses lèvres roses.
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[G&L] Chapitre 15 : L’accord

Ses lèvres sont douces, gourmandes et légèrement parfumées par le thé que nous venons de boire. J’ai fermé les yeux par réflexe, je n’aurais pas dû, cela décuple mes autres sens, le toucher notamment. Cet instant d’éternité se fige dans ma mémoire puis une légère pression de sa main dans mon dos me ramène brusquement à la réalité. Je rouvre les yeux et me détache de lui. Xyrus n’a rien perdu de son assurance, c’en est même l’inverse. Il est très fier de lui. La gifle part toute seule.
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[G&L] Chapitre 14 : Palace londonien

 

Xyrus parle et parle et parle depuis le début du trajet. Pourtant je ne comprends absolument pas le sens de ses propos. La voiture me rend somnolente de manière quasi-instantanée si bien que j’entends mon voisin parler plus que je ne l’écoute. Je cherche tout de même à alimenter la conversation mais je ne capte que quelques bribes : « valeurs », « pente », « stock-options ». J’ai enfin récupéré des sensations au niveau des pieds et assez de couleurs aux lèvres pour retirer mon manteau noir. Je l’enlève sans me détacher, le plus élégamment possible, et le laisse glisser le long de mes jambes. Je secoue la tête pour me réveiller et écarquille plusieurs fois les yeux rapidement, toujours dans le même but. Ce qu’il me manque pour ne pas dormir est un bon thé noir bien fumant. Et pendant que je finis de m’installer, Xyrus est toujours en train de parler, sur un ton plus sec et froid que le gel qui recouvre les étangs que nous dépassons.
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[G&L] Chapitre 13 : Londres

« — T’ai-je manqué ? »

 

A peu près autant qu’un canard empaillé. Son sourire me ferait fondre si mon cœur n’était pas glacé par le froid et la rancune. J’ôte mes mitaines, mon écharpe à moitié congelée qui finit sur le plancher de la voiture et pose mes mains sur la ventilation. Je soupire de soulagement. Une fumée ne s’échappe plus de ma bouche à chaque respiration, mon corps se détend et apprécie ce nouveau confort.
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[G&L] Chapitre 12 : Beau destrier blanc

 

En ce matin de décembre, le vingt-neuf, je me suis réveillée la boule au ventre et fatiguée. Hier soir après le dîner, mère a forcé Courtney à finir son rangement, elle n’aimait pas voir cette montagne de cartons dans son entrée. John a eu la gentillesse de l’aider, père également. Il n’a su qu’après ce qu’elle avait osé nous dire. Je ne sais pas comment il a réagi, je crois que cela ne l’a pas trop touché. Factuellement, c’est la vérité, Ashleen n’ayant jamais eu de relation sexuelle avec Gray, son ex-fiancé, et nous autres n’étant jamais réellement eu de petits-amis, sauf peut-être Beth, en douce, seule Courtney était une femme au sens non vierge du terme. Mais qu’elle en fasse tout un foin m’avait profondément déçue, je ne suis pas qu’un vagin.
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[G&L] Chapitre 11 : Discrétion

Nous rentrons au manoir avec mère et sommes accueillies par des regards envieux, Beth et Delina sont dans le salon lorsque nous arrivons et viennent à notre rencontre. La simple vue des sacs de courses portant le nom des boutiques dans lesquelles nous nous sommes rendues a suffi à les rendre jalouses. Et pourtant il nous en manque la moitié qui devrait être livrées sous peu. J’accompagne mère dans la lingerie où elle remet tous mes nouveaux effets à la bonne en lui précisant bien que tout est à moi et qu’il faut que ce soit propre et sec pour demain.
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[G&L] Chapitre 10 : Mode et modestie

 

J’y ai cru, j’ai sincèrement pensé que nous en avions fini avec toutes ces simagrées lorsque mère et moi sommes sorties de la maroquinerie. Mais, au lieu de partir en direction des larges portes vitrées qui forment cette limite entre le parking détrempé et la galerie marchande surchauffée, elle s’enfonce un peu plus encore dans le centre commercial.
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[G&L] Chapitre 09 : Stéréotypes

« Et si je l’avais fait ? »

Oui ou non eut été une réponse trop simple semble-t-il. Le trouble demeure et porte la tension déjà très présente dans mon cœur à son paroxysme. A côté de moi Delina ne vaut guère mieux, elle reste les yeux fixés sur l’écran de mon téléphone, attendant une réponse qui ne vient pas. J’éteins l’appareil et le range sans tenir compte des protestations de ma sœur. Je ne veux pas savoir, je ne veux pas concevoir que mon père a potentiellement offert ma main à un homme que je n’ai pas choisi. Je me glisse sous les couvertures et tourne le dos à Delina, elle peste, je l’entends mais j’essaie de ne pas l’écouter. Je vais m’endormir et demain matin je me rendrai compte que tout cela n’était qu’un mauvais rêve ; d’ailleurs Xyrus n’existe peut-être même pas.
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[G&L] Chapitre 08 : Douce nuit

— Ellya, je crois que tu as des choses à nous dire, déclare ma mère d’une voix grave.
Père a emmené Xyrus dans le fumoir et John s’est joint à eux, ils sont « entre hommes ». Beth avait plusieurs fois suggéré que l’on y place une caméra en douce. Je regrette aujourd’hui que nous n’ayons pas eu l’audace de mettre en action cette idée. Je paierai cher pour savoir ce qu’il se dit là-bas. Ici je ne peux esquiver mère, elle a les deux ancêtres de son côté, pour une fois, et mes sœurs brûlent elles aussi d’envie de tout savoir. L’unanimité est une chose bien rare dans cette maison mais aujourd’hui c’est toutes contre moi. Je me résigne à leur raconter l’histoire mais auparavant je vais me servir une part de buche. Courtney me la prend violemment des mains mais malheureusement pour elle, elle n’est pas en position de force.
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[G&L] Chapitre 07 : Patriarche

Mon père n’est pas de ces hommes violents et rétrogradent, il est plutôt du genre calme. Il nous a toujours laissés libres de nos actes. A nous les sorties entre amis, les jobs d’été et même les études de notre choix. Même nos fréquentations n’ont pas été surveillées ni contrôlées, c’est dire si mon père est du genre laxiste. Si bien que, lorsque mère lui apprit que Courtney divorçait, ni elle ni mère-grand ou grand-mère n’avaient prévu une telle réaction. Il venait de rentrer du gentlemen club de mauvaise humeur car il avait perdu un peu d’argent et avait rencontré des hommes qu’il n’appréciait guère.
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[G&L] Chapitre 06 : Condition féminine

– Ah ah ! A nous la chambre et à elle le grenier !

Nous étions figés dans cette stupeur suite à l’annonce de Courtney mais Delina a eu ce coup de génie : plus de mariage, donc plus de privilèges pour Courtney, donc plus de nuits au grenier pour nous. Mère quant à elle est toujours assise, heureusement, sans quoi à l’heure actuelle elle serait étendue inerte sur le sol. D’ailleurs la voilà qui défaille, ses yeux roulent vers le ciel et elle clôt ses paupières, sa tête se penche en arrière. Elle s’abandonne sur le canapé. J’accoure auprès d’elle et lui tapote doucement la main, mère-grand me rejoint et, avec moins de subtilité, lui assène une gifle monumentale. C’est aussi douloureux qu’efficace, mère reprend ses esprits.
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[G&L] Chapitre 05 : Scandale

J’aime Noël : la neige, les chants, les décorations, mes grand-mères qui pestent contre les chorales désaccordées. Que seraient les fêtes sans cette atmosphère chaleureuse ? Cela fait six semaines que nous avons enterré le vieux duc et que Xyrus est reparti pour Londres. La vie a repris son cours et sa monotonie. Les journées de travail se suivent et se ressemblent, tout comme la vie du village. Les habitants se sont mis en chambardement le premier week-end de décembre, comme tous les ans, afin d’apporter aux rues cette touche magique qui va nous enchanter pendant un mois. Nous avons placé des guirlandes de mousse et de feuilles aux corniches, ajouté des lumières un peu partout et c’est avec un grand plaisir que la facture d’électricité de la mairie va exploser. Et récompense suprême, vin chaud pour tout le monde.
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[G&L] Chapitre 04 : Sur-argenté

“Gourgandine”, telle était l’expression qu’emploieraient mes grands-mères si elles me voyaient ce matin. Ashleen a tenu à me faire porter une tenue issue de sa garde-robe résolument moderne. Me voici donc à porter une jupe fourreau noire “par toutes les duchesses d’Angleterre nous voyons les chevilles !” et une sorte de chemise en satin ou je ne sais quel tissu tout léger et doux d’une jolie couleur crème. Cette chose est tellement légère que mon soutien-gorge se devine en-dessous, “l’élégance n’est pas l’apanage de la transparence jeune fille”. Oui, mes grands-mères et leurs remarques sont gravées dans mon esprit, si bien que je n’ai plus besoin de leur présence pour savoir ce qu’elles pensent de moi. Mais là, l’image que me renvoie le miroir de la chambre d’Ashleen et Beth me plaît. C’est si vaniteux de se trouver jolie pour une fois ?
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[G&L] Chapitre 03 : Déjà-vu

 

Cette rencontre inattendue fut pour le moins troublante, le destin ou une main omnipotente semble avoir décidé de nous réunir. Néanmoins le sort voulut que quelqu’un entre peu après et brise cette tension qui s’installait doucement entre nous. Xyrus s’était refait un masque en un instant mais moi je n’ai réussi qu’à devenir rouge.
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