06 décembre 2017

Assise sur un banc, protégée du soleil ardent par l’ombre des feuillages, Selaphiel profitait d’un bel après-midi d’hiver. Elle se trouvait dans un petit jardin reclus derrière des bâtiments qui l’isolait de l’agitation de la ville. Calme et sereine, elle nettoyait avec soin un long morceau de bois brillant à l’aide d’un tissu doux. Elle ne s’en séparait jamais, c’était un peu comme un porte-bonheur. Le bois provenait de sa terre natale et jamais il ne l’avait quitté au cours de ces derniers siècles. L’objet était devenu une part d’elle-même, un prolongement de son corps.

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05 décembre 2017

– Caron, serait-il possible que tu stoppes cette averse d’âmes déchiquetées ? Je sais que cela partait d’une bonne intention mais c’est la troisième fois que j’en avale par inadvertance et la seule idée de manger ce qui fut un être humain me donne la nausée.

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04 décembre 2017

Des bougies, des milliers de lanternes éclairaient la baie du Mont Saint Michel par cette soirée sans nuage, sans vent. Comme chaque soir depuis trois jours les moines illuminaient les remparts et autres édifices de l’île, créant un immense phare autour duquel des centaines de bateaux s’étaient agglutinés. Les croyants avaient trouvé en Michel leur berger, lui avait un troupeau. Le peuple breton retrouvait ses racines marines et chrétiennes depuis plusieurs mois. De tous les peuples d’Europe du nord ils étaient, avec les italiens et les slaves, les mieux lotis. Ils avaient retrouvé la foi.

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03 décembre 2017

– Pour de vrai ? Réellement tu veux dire ? Nous allons le faire ? Nous allons réellement le faire ?

Caius leva les yeux aux ciel en attendant la fin du monologue de son comparse. Oui ils allaient le faire, c’était un ordre de Zelyan, nul ne pourrait s’y soustraire.

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02 décembre 2017

– Enlevez-moi ça ! Enlevez-moi ça ! criait Ereyne en sautillant à travers la plaine.

Où qu’elle regardât, où qu’elle marchât, elle écrasait une pauvre âme déjà broyée et cela l’attristait et la dégoûtait. Le pauvre Caron était tout dépité et s’empressa d’écarter la neige autour d’eux afin qu’elle puisse arrêter de sauter en tout sens.

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01 décembre 2017

— On vous souhaite un joyeux Noël, on vous souhaite un joyeux Noël, on vous souhaite un joyeux Noël, et une mort paisible…

Confectionnant avec soin et une grande joie une guirlande composée de crânes et de tibia, Caron chantonnait sur les bords du Styx. C’était l’un des premiers Noël depuis le second Déluge, les nouvelles mers s’étaient parées de glace, la Terre n’avait jamais aussi mal porté son nom. Une grande partie de la surface du globe n’était plus que blancheur pure et éclatante. Et sous cette épaisse couverture glacée se trouvait toujours plus de cadavres. L’eau fut meurtrière lorsqu’elle recouvrit la quasi-totalité des mers, emportant avec elle quelques milliards d’humains. Et la glace était venue, deuxième vague sanglante, pour achever les survivants.
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[Purgatoire] 12 : Conseil de guerre

La caresse de l’eau fraîche sur sa peau était une bénédiction après ce temps passé dans la chaleur de l’enfer. En bas le temps était relatif, et la distorsion avec celui qui s’écoulait sur Terre n’était pas linéaire, elle dépendait de paramètres inconnus à Ereyne. L’immortelle soupira de contentement et observa la vue grandiose qu’elle avait depuis sa baignoire de marbre. Une mer de nuages s’étendait sous ses yeux. Les rayons du soleil s’y éclataient en mille nuances d’or et rouges. La beauté du ciel était immuable. Ereyne songea avec amusement que le paradis ressemblait probablement à ça. L’immortelle ferma les yeux, huma les senteurs de roses et se laissa un instant aller à la paix ambiante. La sérénité des lieux fut à peine troublée par l’arrivée d’une servante qui lui apportait une robe. La vampire paraissait jeune, elle avait les traits d’une enfant et une expression servile sur le visage. Cela eut pour effet de rendre Ereyne qui l’observait marcher le long du bain, suspicieuse. Les vampires qui paraissaient soumis l’étaient généralement le moins. Héra par exemple savait à l’occasion parfaitement simuler la servilité pour mieux poignarder dans le dos.
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[James] 15 : frites et sourires

Le contraste est saisissant, poignant même. Le déjeuner avec Anne s’était déroulé dans un lieu branché, fréquenté mais pas bruyant. Nous avions une table garnie, du bon vin et un serveur à proximité. Anne était très souriante, sûre d’elle et joyeuse, encore plus à l’arrivée de Chris. Tandis qu’à présent miss42 et moi sommes face-à-face, au beau milieu d’un self plein à craquer, deux assiettes de frites sur les plateaux, le tout dans un vacarme assourdissant. Miss42 ne dit pas grand-chose et grignote encore moins. Impossible de croire qu’elle partage des gènes avec Anne.
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[James] 13 : L’algorithme du triangle amoureux

Le destin est un ami, un ami qui peut vous planter un couteau dans le dos, et que vous remerciez pour cela. Le déjeuner avec Anne se déroule parfaitement bien. Nous rions, mangeons, et la conversation est pleine de sous-entendus. Elle me fait oublier le monde qui nous entoure, c’est reposant.
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[James] 12 : Anne Grant

Anne a bon goût, le lieu est agréable, moderne, à son image. Avec sa ravissante chevelure couleur châtain et son visage impeccable elle semble tout droit sortie d’une séance photo. Elle me gratifie d’un sourire à tomber par terre et me confirme la présomption de shooting alors qu’elle étale une serviette blanche sur ses genoux dans un geste parfait.
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[James] 11 : Voyage, voyage

J’aurais dû l’embrasser, j’ai totalement laissé passer ma chance. Plus j’y repense et plus cela me paraît évident. J’ai eu toutes les occasions du monde de l’embrasser hier soir. Et pourtant tel un abruti je n’ai rien fait.
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[James] 10 : Bière

L’après-midi fila à une vitesse folle, les thèses sont de longs et fastidieux documents. Leur lecture est très chronophage. En revanche la cryptographie basée sur les courbes elliptiques n’a plus de secrets pour moi, ou très peu. La simple vue des algorithmes a stimulé mon cerveau, j’ai déjà quelques tâches en tête à l’attention des ingénieurs de mes équipes. Si l’on pouvait réussir à combiner cette méthode avec l’existant ce serait parfait.
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[James] 09 : Binaire

Je quitte avec un mélange de regret et de joie ce déjeuner pour le moins surprenant. Anne est une femme très… intéressante. En plus d’avoir un sourire ravageur et plus de cervelle qu’il n’y paraît de premier abord elle m’a fait du pied pendant tout le repas. J’irai même jusqu’à dire qu’elle m’a plus dévoré du regard qu’elle n’a touché à son repas. Dieu que j’avais envie de savoir si elle emballait aussi bien qu’elle souriait.
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[James] 08 : Déjeuner d’affaire ou d’à faire

Nous quittons le boudoir en direction de la salle à manger principale du restaurant. Ces quelques mètres sont une éternité. L’excitation à l’idée de revoir miss 42 plus tôt que prévu est une agréable surprise. Doucement, sans bruit ni violence, son visage s’impose à mon esprit. Ses petits yeux fatigués d’avoir trop bossé sur ses partiels, son sourire plus délicat qu’un bouton de rose. Le goût ferreux du sang se répand dans ma bouche sans que je n’en comprenne d’emblée l’origine. Je me suis mordu la lèvre pour ne pas gémir devant mon hôte. Miss 42 ne s’en va pas pour autant, elle trône dans mes pensées, agite son petit bracelet montre usé jusqu’à la corde, ajuste un pli de sa jupe d’un revers de main. Du regard elle m’invite à faire de même, à glisser ma paume sur le tissu bleu, à sentir la douceur de sa cuisse en dessous et à remonter lentement le long de ses hanches pour en découvrir tous les délices.
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[James] 07 : Accord

Quelle plus grande difficulté que celle de rester digne alors que du whisky s’infiltre dans vos narines ? Le nez est en feu et les larmes montent jusqu’à mes yeux. Cette douleur est des plus atroces. Georges a la politesse de détourner le regard et de patienter quelques instants. Il a délaissé ses enfants pour me parler de son petit-fils que sa fille aînée a eu d’un milliardaire russe avec qui il a failli faire affaire.
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[James] 06 : Whisky

L’ambiance du restaurant est très feutrée, intimiste, telle un fumoir du XIXème siècle. Un maître d’hôtel m’accueille et m’entraîne à travers les couloirs aux sombres boiseries. Il frappe trois coups sur une petite porte aux dorures impeccablement polie puis l’ouvre, avance d’un pas et me cède la place. Mon hôte quitte un large fauteuil en cuir et s’avance la main tendue. Il a la soixantaine et l’air paternaliste que nombre de chefs d’entreprises et politiciens arborent bien volontiers. Son salut est cordial, presque chaleureux mais je ne suis guère touché par ses marques d’affections parentales. Je ne suis pas un petit jeune qu’il prend sous son aile et nous le savons bien. Le rapport de force n’est pas celui que laisse transparaître cette scène.
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